Jean-Marc Morandini : l'animateur condamné, où en est l'affaire ?

Jean-Marc Morandini : l'animateur condamné, où en est l'affaire ? MORANDINI. Jean-Marc Morandini a été condamné à un an de prison avec sursis probatoire de 2 ans pour corruption de mineurs par le tribunal correctionnel de Paris le 5 décembre 2022. Retour sur l'affaire.

[Mis à jour le 5 décembre 2022 à 14h21] Jean-Marc Morandini a été reconnu coupable de corruption de mineurs ce lundi 5 décembre 2022. Le tribunal correctionnel de Paris a condamné l'animateur de C News à un an de prison avec sursis probatoire de 2 ans avec obligation de soins, une peine conforme à celle requise par le procureur lors du procès fin octobre. Dans le détail, l'animateur a été reconnu coupable d'avoir échangé des messages à caractère sexuel avec deux adolescents, et d'en avoir poussé un troisième à se dénuder dans le cadre d'un casting. 

Jean-Marc Morandini avait été jugé le 24 octobre 2022 pour "corruption de mineurs" devant la 15e chambre du tribunal judiciaire de Paris. Lors du procès, Jean-Marc Morandini avait nié en bloc, évoquant des "maladresses" ou des tentatives "d'humour" pour justifier ses messages. L'animateur de CNews, par ailleurs visé dans une autre affaire - celle des castings de la websérie Les Faucons -, a longtemps tenté d'échapper à cette comparution, provoquée par deux plaintes déposées en août et septembre 2016, par deux jeunes hommes qui étaient mineurs au moment des faits.

Sur le fond, Jean-Marc Morandini était accusé d'avoir fait des propositions sexuelles à ces deux plaignants et à un troisième mineur, alors qu'ils avaient respectivement 15 et 16 ans en 2009 et 2013, par voie numérique, mais aussi lors d'une rencontre présentée comme un casting. Si un des plaignants a depuis retiré sa constitution de partie civile, le parquet a, lui, continué ses poursuites contre le journaliste, qui viendront alimenter ce procès en détails très crus. Et le contenu de l'accusation aura plusieurs fois déstabilisé la star du Morandini Live qui, si elle a nié toute forme de corruption de mineur à la barre, a regretté des jeux de séduction "stupides" et reconnu que celles-ci avaient parfois pu flatter son égo.

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Les échanges Twitter de février et mars 2013

Le premier jeune homme à avoir témoigné contre Jean-Marc Morandini a reçu, en février et mars 2013, des messages à caractère sexuel de la part du présentateur sur Twitter, après avoir assisté à une émission et pris contact avec lui via les réseaux sociaux. C'est le père de ce plaignant, alerté par son frère, qui contactera la Brigade de protection des mineurs. Il expliquera avoir découvert des échanges douteux et même une sollicitation de Jean-Marc Morandini, quémandant à son fils une vidéo de masturbation. Certains des messages auraient circulé dans l'établissement scolaire du jeune homme à l'époque.

Les extraits, diffusés dans les médias, notamment par BFMTV, depuis le début de l'affaire étaient très évocateurs ("Tu bandes là ? Mdr" (sic) aurait par exemple demandé Jean-Marc Morandini à son interlocuteur le 10 mars 2013). Il était aussi question d'un "scénario sexuel fantasmé" proposé au jeune homme, alors âgé de 15 ans et "fasciné par cette figure de la télévision et de la radio".

Lors du procès, d'autres détails très crus ont été dévoilés sur cette série d'échanges. Après avoir demandé "de façon un peu insidieuse" quelle était l'orientation sexuelle du jeune homme, Jean-Marc Morandini aurait notamment proposé, toujours dans ces messages, "un plan à trois" avec une célèbre animatrice, ou encore évoqué "un scénario autour d'une fellation".

Chantage autour d'une photo de sexe ?

Présent également à la barre ce 24 octobre, un autre plaignant affirme avoir lui aussi échangé avec Jean-Marc Morandini via Twitter à la même période, en vue d'assister à ses émissions. En échange, l'animateur lui aurait demandé avec insistance une photo de son sexe, "à 41 reprises en 50 jours", a fait valoir son avocat. Pour qu'il le "laisse tranquille", le jeune homme, alors âgé de 15 ans, aurait fini par envoyer "une photo d'un sexe trouvé sur Internet". Lors d'un échange autour du sport, il se serait aussi vu demander s'il prenait sa douche "nu ou en caleçon" et s'il "regardai[t] les autres" dans le vestiaire.

Au moment d'évoquer son passage à Paris pour assister à une émission, Jean-Marc Morandini aurait aussi interrogé son interlocuteur sur l'endroit où il dormirait. Après que le plaignant eut répondu laconiquement "dans un lit", il lui aurait ainsi proposé : "Dans le mien ?". Devant le tribunal, le plaignant, qui a déposé une main courante en 2019, a décrit le "rejet de [s]on corps" après ce traumatisme et indiqué qu'il était  toujours sous traitement médicamenteux aujourd'hui.

Le casting douteux pour un remake de Ken Park

Le troisième plaignant a quant à lui fait la description d'une rencontre avec Jean-Marc Morandini en 2009, au sein d'un hôtel particulier, dans le cadre d'un casting pour le remake du film Ken Park. Alors âgé de 16 ans, le jeune homme dit avoir été contacté par une personne sous pseudonyme, Claire. Accueilli le jour du rendez-vous par Jean-Marc Morandini, il affirme avoir été invité à se déshabiller entièrement, chose qu'il aurait refusée dans un premier temps, avant d'accéder à la demande, face à l'insistance de l'animateur. Ce dernier l'aurait ensuite pris en photo.

Face aux enquêteurs, le plaignant aurait décrit la suite de la scène en ces termes : "Il voulait que je me masturbe devant lui. Il m'a dit que les gens qui avaient déjà passé le casting l'avaient fait et que, si je ne le faisais pas, je n'aurais pas de rôle." Gêné, le jeune homme aurait fini par quitter les lieux, en larmes, écrivait Le Parisien au moment où les plaintes ont été révélées.

Ce lundi 24 octobre, à la barre, ce déroulé a été étoffé lui aussi. "Il a commencé à me demander d'où je venais, mon âge et si je faisais beaucoup de castings", a déclaré le jeune homme face au tribunal. C'est alors qu'est arrivé dans la conversation le film Ken Park, oeuvre sulfureuse du réalisateur Larry Clark, racontant de la manière la plus crue les dérives sexuelles de jeunes ados américains en 2002. "Il a passé des extraits sur la grande télé", a continué le plaignant dans son témoignage, se disant marqué par "une scène avec une femme qui avait un rapport sexuel avec deux garçons" et une autre où son futur personnage devait s'étrangler "avec la ceinture du peignoir de sa grand-mère tout en se masturbant".

Malgré le malaise de son jeune interlocuteur, Jean-Marc Morandini aurait commenté les scènes puis demandé au jeune homme de se lever et de se mettre contre un mur. "Il a fait des photos. Son regard a changé [...]. Il m'a encouragé à me déshabiller en me précisant que les autres l'avaient fait", a continué l'intéressé. "Torse nu", puis "en slip" et enfin "nu", le plaignant, tétanisé, dit s'être vu reprocher son "petit sexe". Il affirmera à la barre que Jean-Marc Morandini lui a demandé de se masturber devant lui. "Je ne sais pas ce qui s'est passé dans ma tête, mais je l'ai regardé et je lui ai dit que je ne le ferai pas. J'ai récupéré mes affaires. Je me suis rhabillé", a-t-il terminé face à la présidente du tribunal.

Quelle a été la défense de Jean-Marc Morandini ?

Placé en garde à vue en 2016 avant d'être relâché et mis en examen, Jean-Marc Morandini a d'ores et déjà reconnu certains faits, mais totalement nié la contrainte et la corruption de mineurs. Contestant la légitimité même du procès, il avait notamment fait appel de l'ordonnance de renvoi, faite par un juge d'instruction en 2020. Mais le 23 novembre 2021, la Cour d'appel de Paris a choisi de rejeter la demande de ses avocats. L'animateur avait ensuite saisi la Cour de cassation, sans plus de succès : son pourvoi a été rejeté fin février 2022. Alors que la défense réclamait un huis-clos dans ce procès, le tribunal a encore rejeté sa demande le 24 octobre, considérant que la publicité n'était "pas un danger pour la sérénité des débats".

Dans le cas de la plainte pour les échanges de messages sur Twitter en 2013, Jean-Marc Morandini a notamment précisé ne pas avoir eu connaissance de l'âge de son interlocuteur. Chose qu'il a confirmée à la barre le 24 octobre. Devant le tribunal, Jean-Marc Morandini a en effet assuré ne pas s'être posé la question de l'âge, pensant converser avec un majeur. Une déclaration mise en doute par l'accusation et par la présidente, qui ont évoqué de concert la photo de profil du jeune homme, le fait qu'il ait explicitement mentionné ses cours ou ses devoirs, ou encore qu'il ait été accompagné de ses parents aux émissions...

Moments de "décompression" et d'"humour"

Quant au contenu des messages, Jean-Marc Morandini a plaidé le "moment de décompression" face à la "pression" de l'antenne. Il a aussi revendiqué la liberté d'expression concernant le sexe sur les réseaux sociaux à l'époque : "On parlait de tout, sans vraiment de tabou. A ce moment-là, j'étais sur NRJ12 où on parlait beaucoup de sexualité, d'amour, de coucheries. Sur les réseaux sociaux, on parlait beaucoup de ça, de façon libre".

Et quand il a fallu s'expliquer sur la photo de sexe demandée au second plaignant pour pouvoir assister à une de ses émissions, Jean-Marc Morandini a plaidé l'humour. "C'était une blague, lourde, mais une blague", a martelé l'animateur, déstabilisé, après avoir reconnu cette fois qu'il savait que le destinataire des messages était mineur.

Dans le cadre de la plainte liée au casting du remake de Ken Park en 2009, Morandini avait expliqué aux enquêteurs que, pour lui, "la nudité" n'était pas "un tabou", tout en pointant du doigt qu'il trouvait "bizarre" la façon dont le plaignant avait raconté les faits, jugeant même le récit "surréaliste". Une défense reprise elle aussi au procès : indiquant ne pas avoir de souvenir précis de cette rencontre de 2009, Jean-Marc Morandini a assuré que le déroulé décrit par son accusateur ne correspond pas à son comportement. "Quand je reçois un acteur, je ne vais pas l'insulter. Je ne reconnais aucun des mots utilisés par ce jeune homme. Je suis très respectueux", a-t-il déclaré.

Mais cette défense a plusieurs fois été mise en pièce par les avocats des plaignants, en particulier quand l'un d'entre eux, Me Francis Szpiner, a rappelé que le film Ken Park avait été interdit en 2004 aux moins de 18 ans, avant de tenter de démonter la réalité du casting : Jean-Marc Morandini aura dû admettre qu'il n'avait pas racheté les droits du film pour son remake, ni même fait travailler de scénariste ou de metteur de scène sur le projet.

Un autre procès à venir pour harcèlement sexuel

Jean-Marc Morandini est impliqué dans une autre affaire, qui a d'ailleurs incité les deux plaignants à déposer plainte. Celle des castings de la websérie Les Faucons, que l'animateur entendait produire au milieu des années 2010. Dans une enquête du magazine Les Inrockuptibles, publiée en juillet 2016, plusieurs comédiens affirmaient avoir passé ces castings dans lesquels on leur demandait de fournir des photos et vidéos les montrant nus ou se masturbant. Des accusations que Morandini a démenties.

Une enquête avait été ouverte dès 2016, mais avait été classée sans suite en 2018 en raison d'"infractions insuffisamment caractérisées". L'enquête pour harcèlement sexuel a été relancée à la suite de nouvelles plaintes, à l'été de la même année. Un procès devrait donc avoir lieu en 2023, pour "harcèlement sexuel" et "travail dissimulé" cette fois. Mais la date n'a pas été fixée.

Présentateur