Vaccin et variants du Covid : l'OMS rassure, ce que l'on sait

Vaccin et variants du Covid : l'OMS rassure, ce que l'on sait VARIANTS ET VACCIN. La vaccination progresse, les variants aussi. Depuis quelques mois, ils émergent dans différents pays et interrogent sur la stratégie vaccinale, mais l'OMS se veut rassurante.

L'Organisation mondiale de la santé a déclaré ce jeudi 20 mai que les vaccins actuellement approuvés et disponibles sont efficaces "contre tous les variants". L'OMS ne cite ni ne fait référence à aucune une étude à des arguments scientifiques, ni ne précise les vaccins ou variants qu'elle mentionne. Or, il existe déjà de nombreux variants, dont certains ont plus fait parler que d'autres dans les médias, tels que le variant britannique, le variant sud-africain, le variant brésilien ou dernièrement le variant indien.

Dans le même temps, l'OMS rappelle qu'il faut rester "prudents" face à l'épidémie du Covid-19. Par exemple, elle appelle à limiter les voyages internationaux pour le moment, inquiète notamment du fait de la propagation du variant indien en Europe, où il est déjà présent dans la moitié des pays.

Dans une étude américaine qui n'a pour l'instant livré que des résultats intermédiaires, des chercheurs se sont intéressés à  l'efficacité des vaccins Pfizer/BioNTech et Moderna contre le variant indien du coronavirus. Selon leurs résultats, "les anticorps produits par les vaccins sont un peu affaiblis contre ces variants mais pas assez pour nous laisser penser que cela aura un grand effet sur la protection conférée par les vaccins", a expliqué Nathaniel Landau, auteur principal de l'étude, à 20 Minutes. L'Agence européenne des médicaments estime elle aussi que les vaccins à ARN messager restent efficaces contre le variant indien du coronavirus. Pour rappel, les vaccins à ARN messager disponibles en France sont les vaccins Pfizer/BioNTech et Moderna.

D'autres études ont montré des résultats similaires en ce qui concerne les variants anglais et sud-africain, avec une efficacité, bien que parfois moins optimale. À ce stade, il semble vraisemblable que les vaccins restent efficaces, au moins pour lutter contre l'apparition de formes graves du coronavirus.

Toutefois les scientifiques s'accordent sur la possibilité que de nouveaux variants émergent. L'immunologue Alain Fischer déclarait notamment dans les colonnes du Parisien, début mai, que "ce qui est le plus à craindre, c'est une nouvelle variation sur un variant déjà existant. Un variant sud-africain, par exemple, qui se modifierait encore pour devenir plus résistant à la réponse immunitaire, et là ça poserait un sérieux problème".  Mais dans ce cas de figure, selon lui, les laboratoires seraient en mesure de proposer une solution vaccinale : "Les industriels se préparent déjà avec des vaccins non plus fondés sur le code génétique du virus initial, mais sur celui de l'un de ses mutants. Afin de créer un vaccin plus proche du nouveau virus. [...] La bonne nouvelle en plus, c'est que les vaccins ARN messager peuvent s'adapter très vite, en quelques semaines."

Quelle est l'efficacité des vaccins actuellement administrés en France sur les variants ?

De nombreuses études ont déjà été menées par les laboratoires pharmaceutiques eux-mêmes ou par des chercheurs indépendants. Elles permettent d'établir une première synthèse sur l'efficacité des vaccins en cours de distribution en Europe et en France (Pfizer, Moderna, AstraZeneca) ou en cours de validation (Novavax, Johnson & Johnson). Cette synthèse est évidemment provisoire et affiche parfois des données incomplètes, notamment pour le variant brésilien. Mais il faut noter que ce dernier dispose de plusieurs caractéristiques similaires au variant sud-africain, notamment la mutation dite "E484K". Les études ayant servi à l'élaboration de ce tableau sont détaillées plus bas dans l'article.

Vaccin Efficacité sur le variant B.1.1.7 (anglais) Efficacité sur le variant 501.V2 (sud-africain) Efficacité sur le variant P.1 (brésilien) Efficacité sur le variant B.1.617 (indien)
Pfizer/BioNTech Efficace "Un peu moins efficace". Ratio de neutralisation de 1,46, 1,41 et 0,81 selon la mutation     Pas ou peu de données "Quatre fois moins d'anticorps" produits, mais efficace
Moderna Efficace Efficacité divisée par 6, mais toujours protecteur     Pas ou peu de données   "Quatre fois moins d'anticorps" produits, mais efficace
AstraZeneca Efficace à 70% Efficace à  22% contre les formes modérées, davantage contre les formes graves     Pas ou peu de données   Pas ou peu de données  
Johnson & Johnson Efficace Efficace à 57% contre le variant, davantage contre les formes graves     Pas ou peu de données  Pas ou peu de données  
Novavax Efficace Efficace à 50% contre le variant, efficace à 60% contre les formes légères     Pas ou peu de données  Pas ou peu de données  

Quelle est l'efficacité du vaccin Pfizer sur les variants du Covid ?

Dans une récente étude, qui attend d'être validée par les pairs pour être publiée, des chercheurs américains ont étudié in vitro l'effet des vaccins Pfizer et Moderna sur le variant indien. Pour le variant B.1.617, une réduction par quatre du nombre d'anticorps neutralisants produits a été observée en moyenne. À la mi-mai, l'auteur principal de l'étude, Nathaniel Landeau, développe : "En d'autres termes, certains anticorps ne fonctionnent plus contre les variants, mais vous en avez encore beaucoup qui marchent. Il y en a assez qui font le travail pour que nous pensions que les vaccins resteront hautement" efficaces.

Le 5 mai, une étude israélienne publiée dans The New England journal of medicine conclue à un efficacité du vaccin Pfizer contre le variant britannique, entre 87% (étude de cohorte) et 89% (cas documentés). De même, concernant le variant sud-africain, la même étude conclue à une efficacité comprise entre 72% (étude de cohorte) et 75% (cas documentés).

Le groupe Pfizer, en lien avec l'unité médicale de l'Université du Texas (UTMB), a communiqué les résultats de plusieurs études sur l'efficacité du vaccin qu'il a développé avec l'allemand BioNTech. Dans un communiqué publié dès le vendredi 8 janvier, le groupe estimait que son vaccin pouvait "neutraliser" les variants britannique et sud-africain du Covid-19. Le PDG du laboratoire BioNtech, qui a mis au point le principal vaccin avec Pfizer, avait par ailleurs assuré dès la fin décembre que son groupe serait capable de fournir un nouveau vaccin "en six semaines" en cas de mutation significative du Covid.

Deux études préliminaires, mises en ligne le mercredi 20 janvier 2021 et non encore évaluées par d'autres scientifiques, ont elles aussi conclu que le vaccin de BioNTech/Pfizer semblait efficace contre le variant anglais. L'une d'elle, en prépublication sur le site BioRxiv, est issue de travaux préliminaires d'une équipe de chercheurs de BioNTech/Pfizer. Celle-ci a comparé l'effet du plasma de 16 participants à ses essais cliniques sur le variant anglais et sur le virus originel de Wuhan. Ils concluent à une capacité de neutralisation "équivalente" pour les deux et estiment ainsi qu'il est "improbable" que le variant anglais "échappe à la protection" de leur vaccin. Le cas échéant, ils soulignent eux aussi que la "flexibilité" de la technologie de ce vaccin à ARN messager permettrait d'adapter le vaccin à une nouvelle souche du virus.

"Nos résultats suggèrent que la majorité des réponses vaccinales devraient être efficaces contre le variant B.1.1.7", a aussi écrit le même jour une équipe internationale de chercheurs d'universités britanniques et néerlandaises, citée par l'AFP. Pour évaluer l'efficacité du vaccin, les chercheurs ont cette fois confronté en laboratoire le variant anglais au plasma de 36 patients guéris après avoir subi des formes graves ou plus légères du Covid-19. "La majorité des échantillons" a été capable de "neutraliser" le variant, même si la "puissance" de neutralisation a été réduite dans 3 des échantillons.

Pfizer un peu moins efficace contre le variant sud-africain

Le 28 janvier, un nouveau communiqué de Pfizer et BioNTech reconnaissait que leur vaccin semblait perdre seulement une partie de son efficacité contre le variant sud-africain. Une étude en laboratoire, menée avec l'unité médicale de l'Université du Texas (UTMB), a fait subir au virus trois mutations décelées chez le variant sud-africain. Une fois le vaccin testé, "une légère diminution des niveaux d'anticorps" a été identifiée, mais insuffisante pour que le vaccin se révèle inefficace. Pfizer et BioNTech ont précisé que leur étude n'incluait pas l'ensemble des mutations constatées avec le nouveau variant sud-africain. Ils ont répété qu'ils se tenaient prêts à réagir si un variant était sur le point d'outrepasser l'immunité offerte par leur vaccin.

Une étude publiée dans la revue Nature le lundi 8 février affirme que le vaccin Pfizer/BioNTech reste efficace contre plusieurs mutations dans les variants circulant alors. Basée sur les sérums de 20 patients vaccinés, l'étude affiche en revanche de moins bons résultats sur la mutation E484K, la plus problématique et détectée à ce jour dans le variant sud-africain mais aussi très récemment dans la souche britannique. L'étude in vitro se base sur des virus modifiés en laboratoire, avec les mutations les plus inquiétantes, dont la mutation sur le 484e acide aminé de la protéine Spike (E484). L'étude précise néanmoins que les virus modifiés "n'incluent pas l'ensemble complet des mutations" trouvées dans les variantes britanniques ou sud-africaines. 

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Quelle est l'efficacité du vaccin Moderna sur les variants du Covid ?

Dans l'étude américaine en attente de publication mentionnée plus haut (voir paragraphe sur le vaccin Pfizer), les chercheurs ont estimé que les quantités d'anticorps produits en réponse au vaccin Moderna sont en moyenne quatre fois inférieurs dans le cas du variant indien. Toutefois, l'étude considère que le vaccin reste efficace contre ce variant.

Le laboratoire Moderna a lui aussi déclaré, le 25 janvier 2021 que son vaccin contre le Covid-19, qui a commencé à être commercialisé dans le monde en plus du vaccin de Pfizer, semblait toujours efficace contre les nouvelles variantes du Covid trouvées en Grande-Bretagne (B.1.1.7), mais aussi en Afrique du Sud (B.1.351). Le labo américain a estimé que son régime à deux doses offrait toujours une "protection suffisante" contre la variante sud-africaine notamment, même s'il a précisé dans un communiqué que la réponse des anticorps pourrait être "diminuée" face à cette nouvelle souche.

Il était question dans le communiqué d'une division par 6 de l'efficacité du vaccin, mais Moderna indiquait dans le même temps que "malgré cette réduction, les niveaux de titres neutralisants [...] restent supérieurs aux niveaux qui devraient être protecteurs". Et de nuancer : "Ces titres plus bas peuvent suggérer un risque potentiel de diminution plus précoce de l'immunité aux nouvelles souches B.1.351". Moderna a annoncé vouloir tester une nouvelle injection de rappel visant précisément le variant sud-africain.

Quelle est l'efficacité du vaccin AstraZeneca sur les variants du Covid ?

En avril, une étude publiée par les chercheurs du projet AMPHEUS, ont indiqué une légère baisse de l'efficacité du vaccin AstraZeneca contre le variant anglais (70,4% d'efficacité contre 81,5% d'efficacité contre la lignée originale de Wuhan). Toutefois ils considèrent que le vaccin peut être considéré comme efficace contre ce variant, avec notamment des symptômes de plus courte durée en cas d'infection, et une charge virale réduite, ce qui permet de limiter le risque de transmission du coronavirus. Concernant la mutation E484K, présente dans les variants brésilien et sud-africain, celle-ci pouvait impacter l'efficacité du vaccin AstraZeneca. AstraZeneca a indiqué qu'une nouvelle version de son vaccin serait disponible d'ici quelques mois pour permettre une troisième injection aux personnes vaccinées avec leur produit, afin d'assurer un rappel efficace et augmenter leur protection contre le coronavirus et ses variants.

Le 7 février 2021, le Financial Times a publié un article mettant en cause l'efficacité du vaccin AstraZeneca sur le variant sud-africain du coronavirus. Les auteurs de l'article citaient une étude de l'université sud-africaine du Witwatersrand et de l'université d'Oxford, menée sur un échantillon de 2000 personnes en Afrique du Sud. La moitié du groupe a reçu au moins une dose de placebo, l'autre moitié ayant reçu au moins une dose de vaccin. Les résultats montreraient que le vaccin Astra Zeneca est beaucoup moins efficace sur la souche sud-africaine. Le FT indique d'entrée qu'aucun des plus de 2 000 patients de l'étude, jeunes et en bonne santé pour la plupart (2026 personnes séronégatives, avec un âge médian de 31 ans), n'est mort ou n'a été hospitalisé. Mais il indique que le vaccin AstraZeneca serait efficace "à seulement 22% contre les formes modérées du variant sud-africain, alors que ce vaccin est en moyenne efficace à 70%, selon les essais cliniques publiés". L'Afrique du Sud avait d'ailleurs pris la décision de commander des doses du vaccin Pfizer afin de mieux protéger sa population contre le variant local.

Il éviterait les formes graves du variant sud-africain

"Dans les essais sur l'homme et les tests sur le sang des personnes vaccinées, le vaccin a montré une efficacité significativement réduite contre la variante virale 501Y.V2, qui est dominante en Afrique du Sud", assure encore le quotidien économique qui évoque une "étude randomisée et en double aveugle" qui n'a pas été publiée par ailleurs. Difficile donc d'interpréter avec précision de tels résultats, mais c'est bien la protection contre une infection légère à modérée qui serait réduite, l'étude ne montrant pas de réduction de l'efficacité du vaccin sur les formes plus graves. "Le vaccin semble toujours être pleinement efficace pour prévenir les hospitalisations et les décès causés par d'autres variantes du coronavirus, selon les données d'autres études", précise le FT. "Nous pensons que notre vaccin pourrait protéger contre les maladies graves, car l'activité des anticorps neutralisants est équivalente à celle d'autres vaccins Covid-19 qui ont démontré une activité contre des maladies plus graves, en particulier lorsque l'intervalle de dosage est optimisé à 8-12 semaines", a déclaré AstraZeneca à la suite de cette enquête, ajoutant que "d'autres réponses immunitaires, telles que les cellules T, peuvent protéger contre la maladie". 

"L'étude est sujette à caution, car la taille des échantillons était relativement petite", écrit par ailleurs le Financial Times. "Il est beaucoup trop tôt pour rejeter ce vaccin", qui est "une partie importante de la réponse mondiale à la pandémie actuelle", a aussi déclaré Richard Hatchett, directeur du dispositif Covax, mis en place par l'OMS pour distribuer équitablement les vaccins. Ce qui n'a pas empêché l'Afrique du Sud de suspendre sa campagne de vaccination avec le vaccin AstraZeneca dans la foulée de ces résultats.

AstraZeneca toujours efficace contre le variant britannique

Selon une étude dévoilée le 5 février en prépublication par l'Université d'Oxford, partenaire d'AstraZeneca, le vaccin de la firme britannique resterait efficace en revanche contre le variant anglais. Cette étude, basée sur des essais cliniques menés entre le 1er octobre et le 14 janvier au Royaume-Uni conclut à "une protection contre les infections symptomatiques similaire malgré une quantité moins élevée d'anticorps neutralisants". 

C'est sur cette base notamment que le ministre de la Santé Olivier Véran, qui a lui même reçu une première dose du vaccin AstraZeneca le 5 février, a déclaré qu'"à ce stade et vu le niveau d'information scientifique et médicale [...], au moins 99% des virus qui circulent aujourd'hui sur notre territoire ne correspondent pas à un variant sud-africain, et donc la protection par AstraZeneca permet de se protéger contre la quasi-totalité des virus qui sont en circulation".

Quelle efficacité pour les autres vaccins sur les variants ?

Le laboratoire Novavax Inc a lui aussi voulu démontrer l'utilité de son vaccin contre les variants, mais celui-ci serait néanmoins "nettement moins efficace" en Afrique du Sud, a indiqué Reuters fin janvier. Selon des résultats préliminaires rapportés par Novavax le 28 janvier, l'efficacité de son vaccin aurait atteint 50% chez les patients en Afrique du Sud, contre 89,3% au maximum dans des résultats d'études plus avancées au Royaume-Uni. L'étude mentionne par ailleurs "une efficacité de 60% pour la prévention de la maladie à Covid-19 légère".

Le laboratoire Johnson & Johnson a également affiché des résultats très disparates selon les régions du monde dans un communiqué daté du 29 janvier. De 72% aux Etats-Unis, l'efficacité de son vaccin serait passée à 57% en Afrique du Sud, où 95% des essais ont été menés sur le variant dit "sud-africain". Lors de ces essais, les deux vaccins, Novavax et J&J, ont en revanche offert une protection complète contre les maladies graves et la mort.

Le laboratoire GSK et le laboratoire CureVac ont annoncé début février un accord pour développer un nouveau vaccin à ARN messager contre les variants du coronavirus. L'objectif des groupes pharmaceutiques britannique et allemand est d'obtenir "un candidat vaccin qui réponde aux variants qui surviennent" pour 2022 selon leur communiqué.

Quelle mutation est susceptible de réduire l'efficacité des vaccins ?

La mutation E484K (mutation sur le 484e acide aminé de la protéine Spike), propre aux variants sud-africains et brésiliens d'abord, puis détectée sur le variant britannique fin janvier, serait "la plus inquiétante de toutes" sur le plan de la réponse immunitaire, a indiqué à l'AFP Ravi Gupta, professeur de microbiologie à l'Université de Cambridge. Celle-ci perturberait en effet la détection du virus par les anticorps, ce qui, à terme, pourrait provoquer des réinfections de patients ayant déjà affronté le Covid, ou rendre les vaccins moins efficaces.

Dans une étude rendue publique le 28 décembre sur le site BioRxiv, Rino Rappuoli, chercheur chez GlaxoSmithKline (GSK) et son équipe de scientifiques de Sienne, en Italie, ont fait émerger in vitro la mutation E484K. Leurs conclusions : "L'émergence récente au Royaume-Uni et en Afrique du Sud de variantes naturelles présentant des changements similaires suggère que le CoV-2 du SRAS a le potentiel d'échapper à une réponse immunitaire efficace et que des vaccins et des anticorps capables de contrôler les variantes émergentes devraient être développés".

Des travaux réalisés par des chercheurs de Seattle et consultables eux aussi en pré-publication BioRxiv depuis le 4 janvier, indiquent pour leur part que "l''évolution du SARS-CoV-2 pourrait nuire à la reconnaissance du virus [...] par les anticorps humains". E484K y est clairement mentionné comme un puissant brouilleur. "Les lignées émergentes en Afrique du Sud et au Brésil, portant la mutation E484K, auront une sensibilité considérablement réduite à la neutralisation par les anticorps polyclonaux sériques de certains individus", écrivent encore les scientifiques américains. Jesse Bloom, l'un des co-auteurs de cette étude, a néanmoins précisé sur Twitter qu'il restait convaincu que ces vaccins resteraient performants encore de longs mois. En résumé, cette mutation "peut aider le virus à contourner la protection immunitaire conférée par une infection antérieure ou par la vaccination", explique le Pr François Balloux, de l'University College de Londres, cité le 4 janvier par l'organisme britannique Science Media Centre.

Une étude mise en ligne en prépublication sur le site BioRxiv le 6 janvier et menée par Ravi Gupta, professeur de microbiologie à l'Université de Cambridge cité plus avant, montrait que l'une des mutations les plus importantes (et les plus commentées) du variant anglais (N501Y) permettait au coronavirus de se lier aux cellules humaines 2,5 fois plus facilement. Mais en y ajoutant la mutation E484K, le virus a été considéré comme 13 fois plus apte à s'accrocher à nos cellules.

De nombreuses études aux résultats divers

"L'émergence récente de variantes présentant de multiples mutations partagées en épi suscite des inquiétudes quant à l'évolution convergente vers un nouveau phénotype, potentiellement associé à une propension accrue à la réinfection des individus", écrivaient par ailleurs les auteurs d'une étude parue le 12 janvier dans Virological.org concernant le variant brésilien. Ils suggéraient donc une résistance de cette nouvelle souche aux anticorps et donc, potentiellement, aux vaccins.

Une étude de chercheurs sud-africains mise en ligne le 20 janvier va plus loin. Après l'analyse de 44 sérums de personnes ayant contracté le coronavirus lors de la première vague, elle conclut que le variant sud-africain dans son ensemble "est largement résistant aux anticorps neutralisants provoqués en réponse à une infection par des souches en circulation précédemment". Ainsi, le risque de réinfection par ce variant est "important", souligne l'étude reprise par l'AFP. Et ces données, si elles ont "besoin de données cliniques pour être confirmées" selon l'une des auteures, peuvent avoir "implications sur l'efficacité des vaccins", en particulier parce que les vaccins actuels sont "principalement basés sur une réponse immunitaire à la protéine Spike".

Dans une seconde étude venue elle aussi d'Afrique du Sud, les plasmas de six anciens malades ont été confrontés aux variants du Covid. Il leur aura fallu entre 6 et 200 fois plus d'anticorps pour lutter contre la nouvelle souche. "Cela suggère que les mutations du nouveau variant ont fait perdre au virus une grande partie de sensibilité aux anticorps d'origine", a résumé Alex Sigal, l'un des signataires.

Le niveau d'anticorps déterminant

La réinfection d'une patiente, rapportée dans une étude menées par des chercheurs brésiliens et datée du 6 janvier, suggère déjà que la réponse immunitaire apportée par une première infection au coronavirus n'a pas été suffisante face à cette mutation E484K. Une autre étude menée venue elle aussi du Brésil arrive sensiblement aux mêmes conclusions. Une troisième étude publiée mi-janvier dans la revue Science semble elle aussi statistiquement confirmer cette hypothèse : elle indiquait pour sa part qu'en octobre 2020, 76 % des habitants de Manaus avaient développé des anticorps contre le SARS-CoV-2. Ce qui aurait dû normalement les protéger contre une nouvelle vague. Mais la ville est aujourd'hui submergée.

"Il apparaît de plus en plus clairement que les variants portant certaines mutations comme la E484K sont moins bien neutralisés in vitro par des sérums de personnes ayant été infectées par les variants du virus ayant circulé jusqu'ici", a résumé dans un article du journal Le Monde, le 22 janvier, Etienne Simon-Lorière, responsable d'unité à l'Institut Pasteur. Mais il nuançait immédiatement : "Ce n'est pas 100 % des cas, et l'ampleur de la réduction est variable. Les sérums de personnes vaccinées ont généralement des titres neutralisant plus élevés que les personnes naturellement exposées, et seule une petite réduction est notée in vitro dans ce cas".

Le Dr Paul Offit, expert en maladies infectieuses à l'Université de Pennsylvanie et membre du groupe consultatif sur les vaccins de la Food and Drug Administration américaine, a déclaré pour sa part à l'agence Reuters le 25 janvier qu'il n'était que légèrement préoccupé par les variantes du Covid. "Il est un peu inquiétant de constater que la réponse des anticorps neutralisants est moindre, mais cela ne signifie pas nécessairement que vous n'êtes pas protégé", a-t-il déclaré, notant que même ces niveaux inférieurs de protection peuvent néanmoins être suffisants pour protéger contre des formes graves du virus. "L'objectif de ce vaccin est de vous éviter d'être hospitalisé et de vous éviter d'aller à la morgue. Si vous avez une infection symptomatique ou une infection légèrement symptomatique, ce n'est pas un fardeau pour le système de santé", a-t-il ajouté.

Ravi Gupta n'a pas dit autre chose le mardi 2 février, sur son compte Twitter. Commentant la détection de la mutation E484K sur le variant anglais, il a indiqué que son équipe avait déjà quelques pistes. En reproduisant en en laboratoire un "pseudo" coronavirus (non infectieux) disposant des mutations principales du variant B.1.1.7 et de E484K, ils sont arrivés à la conclusion que . "E484K augmente considérablement la quantité d'anticorps nécessaire pour prévenir l'infection des cellules". Le tout étant de savoir jusqu'à quel point ce niveau d'anticorps reste efficace pour éviter une forme grave. 

Plus le Covid mute, plus il risque de résister aux vaccins

Finalement, la mutation E484K, observée sur les variants sud-africain et brésilien d'abord, puis sur le variant britannique, "ne pourrait être que le début des problèmes" pour les vaccins, a pour sa part répété le Pr Gupta mi-janvier. "A ce stade, ils devraient tous rester efficaces, mais ce qui nous inquiète, c'est la perspective de futures mutations qui s'ajouteraient" à celles qu'on observe déjà, a-t-il déclaré à l'AFP, appelant à "vacciner le plus vite possible partout dans le monde". Sur la BBC dès le mois de décembre 2020 il estimait déjà que "si nous laissons de virus muter davantage, alors nous pouvons commencer à nous inquiéter". Selon ce professeur qui travaille sur les mutations virales, le SARS-CoV-2 est "potentiellement sur le point de sortir du cadre du vaccin" et a même "fait quelques premiers pas dans cette direction".

Le professeur David Robertson, de l'université de Glasgow, a pour sa part indiqué que le coronavirus sera à l'avenir "probablement capable de générer des mutations qui contournent le vaccin". Un scénario que n'a pas écarté Moncef Slaoui, le conseiller principal du programme américain de vaccination, pour qui "il est impossible d'exclure qu'un jour, quelque part, un virus parvienne à échapper à la réponse protectrice provoquée par le vaccin". Des prédictions particulièrement inquiétantes et qui plus est étayées. Une équipe britannique a d'ores et déjà observé l'apparition d'une autre mutation portant sur le 681e acide aminé, a priori absente des variants connus, qui pourrait elle aussi faciliter l'infection. Leur étude mentionne un patient immunodéprimé et traité avec du plasma de convalescent une fois encore.

Le Dr Dan Barouch, chercheur au Beth Israel Deaconess Medical Center de la Harvard University Medical School à Boston, s'est ému lui-aussi auprès de Reuters sur la grande variété de nouveaux variants en circulation affichant une résistance substantielle aux anticorps induits par les vaccins. Il estime que l'on assiste à une "pandémie différente maintenant". Albert Bourla, PDG de Pfizer, a reconnu fin janvier, toujours auprès de Reuters, qu'il existait "une forte possibilité" que les variants finissent par rendre le vaccin actuel inefficace. Ils sont rejoints par Anthony Fauci, immunologue américain reconnu dans le monde entier, qui dirige l'Institut national des allergies et maladies infectieuses et conseille la Maison Blanche sur l'épidémie. Pour lui, il est nécessaire de suivre de près les variants et d'accélérer les efforts de vaccination pour empêcher de virus de se répliquer et donc de muter d'avantage.

Optimisme prudent en France

En France, les perspectives optimistes sur le variant anglais, le variant présent sur le territoire, semblent pour l'instant partagées par les scientifiques et les autorités sanitaires. "En terme de vaccination, il n'y a pas trop de différence [...]. Les vaccins tels qu'ils ont été produits devraient nous protéger", assurait sur RTL dès le 22 décembre Bruno Lina, membre du Conseil scientifique et professeur de virologie au CHU de Lyon. Et d'ajouter qu'en cas d'altération, les scientifiques pourront réagir rapidement : "On pourrait faire exactement comme pour les vaccins contre la grippe en changeant une partie de la formule. Ce n'est pas très compliqué à faire". Une analyse partagée par le Professeur Benjamin Davido, infectiologue à l'hôpital Raymond Poincaré de Garches et référent vaccin Covid-19, qui s'est exprimé auprès d'Europe 1. "Nous n'avons pas de raison de penser que cela pourrait modifier la réponse à la vaccination, car il ne s'agit pas d'une mutation de l'ensemble de la cible du vaccin. C'est seulement une petite partie. Mais on peut imaginer que l'on passe d'un vaccin d'une efficacité de 95% à une efficacité de 85%", a-t-il déclaré. D'après les modèles développés sur certains animaux, les nouvelles souches du Sars-CoV-2 n'empêcheraient pas l'action des anticorps, a de son côté souligné Le Figaro. "Même si vous baissez en efficacité, vous allez normalement toujours avoir une neutralisation du virus", indiquait encore mi-janvier à l'AFP Vincent Enouf, du Centre national de référence des virus respiratoires de l'Institut Pasteur à Paris.

Dans leur avis du 29 décembre portant sur le variant anglais, les membres du Conseil scientifique écartaient alors tout "risque de réinfection" d'une personne ayant déjà eu le coronavirus ("les premières données montrent que des sérums issus de patients ayant fait un COVID avec une autre souche peuvent neutraliser le clone anglais in vitro"). "Le faible nombre de réinfections identifiées ne permet pas de tirer de conclusions sur l'efficacité de la réponse immunitaire croisée entre ce variant et les virus précédents", indiquait pour sa part l'Inserm dans un communiqué publié le 11 janvier. "Les mutations de la protéine Spike ne modifieraient pas de façon majeure sa capacité à être reconnu par le système immunitaire ; les vaccins distribués actuellement resteraient donc efficaces".

Le ministre français de la Santé Olivier Véran a fait savoir lui-aussi qu'a priori, "il n'y a pas de raison de penser que le vaccin soit moins efficace" sur le variant britannique. Un avis prudemment répété en conférence de presse ou dans les médias depuis. Il suit sur ce point l'avis de l'OMS qui considère pour le moment que cette mutation devrait bien être stoppée par les campagnes de vaccination. Mais si le variant anglais fait l'objet d'analyses rassurantes, c'est bien la prudence qui domine pour les autres souches. "On ne sait pas encore si les vaccins jouent un rôle sur la transmission" du variant sud-africain, a ainsi prévenu Jean-François Delfraissy sur France Info le 13 janvier.

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