Perturbateurs endocriniens : le danger du bisphénol A confirmé, la liste

Perturbateurs endocriniens : le danger du bisphénol A confirmé, la liste Alors que la justice européenne vient de reconnaître le bisphénol A comme un perturbateur endocrinien, les effets de ces derniers sur notre santé sont encore mal connus. Comment agissent-ils sur notre système hormonal ? Où les trouve-t-on ? Quels sont les risques potentiels et comment les éviter ? Voici de quoi y voir plus clair.

Suite à une demande de la France, le bisphénol A (BPA) avait été classé comme perturbateur endocrinien en 2017 par l'Agence européenne des produits chimiques ou ECHA (pour European Chemicals Agency). Après un recours en justice, un lobby européen des industriels du plastique, Plastics Europe, vient de perdre en justice. Ce vendredi 20 septembre 2019, la justice européenne confirme cette classification du bisphénol A comme perturbateur endocrinien. Cela renforce la décision prise par la France en 2015 d'interdire le bisphénol A dans les différents emballages, contenants et ustensiles pour les denrées alimentaires (comme par exemple les canettes, bouteilles et emballages plastiques...).

Nous sommes exposés aux perturbateurs endocriniens tous les jours, dans notre nourriture, dans notre environnement, mais aussi via nos produits d’hygiène ou les médicaments que nous ingérons. Nous savons qu'ils agissent sur notre système hormonal mais les effets néfastes possibles sur notre corps sont encore mal connus. Ces substances sont un vrai enjeu de santé publique. Pour s'en prémunir, encore faut-il savoir comment les reconnaître pour tenter de les éviter. Il faut savoir qu'à ce jour, 800 substances chimiques sont considérées comme des perturbateurs endocriniens avec des propriétés avérées ou suspectées selon un rapport de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), l'OMS-PNUE 2012. La liste des perturbateurs endocriniens est toutefois en constante évolution. Retrouvez ci-dessous notre dossier complet pour y voir plus clair. 

Perturbateurs endocriniens : définition

Qu'est-ce que c'est ? L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) définit un perturbateur endocrinien (PE) comme "une substance ou un mélange de substances, qui altère les fonctions du système endocrinien et de ce fait induit des effets néfastes dans un organisme intact, chez sa progéniture ou au sein de (sous)- populations". Autrement dit, les perturbateurs endocriniens sont des substances chimiques étrangères à notre organisme qui peuvent interférer avec notre système hormonal, comme par exemple diminuer ou augmenter l'action des hormones, qui sont responsables du bon fonctionnement du métabolisme du corps humain. Ainsi, les perturbateurs endocriniens peuvent avoir des effets néfastes sur notre santé, mais aussi sur l'environnement.

Comment agissent les perturbateurs endocriniens ?

Les perturbateurs endocriniens agissent à plusieurs niveaux sur notre corps et notre organisme, comme par exemple, le développement du fœtus, la croissance, la reproduction, mais aussi le métabolisme ou le système nerveux. En interférant sur notre organisme, ils peuvent corrompre la communication entre les cellules de notre corps et ainsi perturber tout notre système endocrinien. Pour aller plus en détail, les perturbateurs endocriniens agissent sur plusieurs mécanismes dont voici les trois principaux :

  • Effet mimétique : ils imitent l'action d'une hormone naturelle, et ainsi provoque des réactions non prévues sur l'organisme.
  • Effet de blocage : ils bloquent l'hormone et l'empêche de se fixer à son récepteur.
  • Effet perturbateur : ils perturbent et dégradent la production d'une hormone, sa régulation, mais aussi le transport d'une hormone vers l'organisme.

Perturbateurs endocriniens : où les trouve-t-on ?

Nous sommes énormément exposés aux perturbateurs endocriniens, à la maison, au travail, mais aussi à l'extérieur. Il est impossible de les éviter totalement. L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a publié en juillet 2016, suite à une demande du ministère de l'Environnement, une proposition de classification en trois catégories : "avérés", "présumés" et "suspectés". Ainsi, environ 800 substances chimiques sont considérées comme des perturbateurs endocriniens avec des propriétés avérées ou suspectées selon le rapport OMS-PNUE 2012. La liste de ces substances à propriétés perturbatrices endocriniennes évolue continuellement. On les retrouve beaucoup dans l'eau et les aliments, mais aussi dans les cosmétiques ou les médicaments. Les hommes et les animaux sont exposés aux perturbateurs endocriniens par de multiples voies comme l'ingestion, le contact cutané ou l'inhalation. Quelles sont ces substances possiblement nocives ?

Liste des perturbateurs endocriniens, évolutive et non exhaustive 

  • Pesticides (organochlorés, fongicides, herbicides)
  • Plastiques (phtalates, Bisphénol A), retardateurs de flamme présents dans les mousses pour les mobiliers, les tapis et les équipements électroniques (polybromodiphényléthers : PBDE) et revêtements de sol (composés fluorés hydrophobes et lipophobes : PFAs). Il faut noter que le bisphénol A (BPA) est interdit depuis 2015 dans les contenants alimentaires comme les canettes, conserves, bouteilles et emballages en plastique.
  • Médicaments comme les anti-douleurs (paracétamol, AINS, aspirine), les antidépresseurs (Fluoxétine), la pilule contraceptive (Ethinyl oestradiol), les médicaments utilisés en prévention des fausses couches de 1940 à 1977 (médicaments connu sous les noms Distilbène®, Furostilboestrol® et Stilboestrol-Borne® avec comme molécule le diéthylstilbestrol).
  • Produits de combustions inachevées issues des incinérateurs, de l'industrie métallurgique et sidérurgique (dioxines, furanes et PCB).
  • Produits d'hygiène (Triclosan),
  • Cosmétiques et produits de beauté (parabènes)
  • Produits biocides comme les anti-poux ou les traitements des animaux domestiques
  • Conservateurs dans les aliments (E214 à E219)
  • Soja (phyto-estrogène)

Perturbateurs endocriniens dans les aliments et les ustensiles de cuisine

Les perturbateurs endocriniens sont bien présents dans nos cuisines. On les retrouve aussi bien dans notre alimentation que dans les ustensiles que nous utilisons.

  • L'eau du robinet, même si elle est potable, peut être contaminée par du plomb ou du bisphénol A, présents dans les matériaux des canalisations, mais aussi par des traces d'hormones provenant de médicaments (pilules de contraception par exemple) et dégagées dans les urines.
  • Les fruits, légumes et céréales : on retrouve également des substances à propriétés perturbatrices endocriniennes dans nos aliments tels que les fruits et légumes, mais aussi les céréales ayant subi un traitement pesticide.
  • Les aliments gras comme la viande, le poisson ou le lait.
  • Les aliments contenant des additifs alimentaires comme les conservateurs E214 à E219 qui sont des parabènes.
  • Le soja est également au cœur des débats. L'UFC-Que-Choisir a remarqué dans plusieurs produits à base de soja des taux "préoccupants" de phyto-estrogène, considérés comme potentiels perturbateurs endocriniens.
  • Certains ustensiles comme des poêles et casseroles anti-adhésives contenant des composés perfluorés, des emballages alimentaires (ex : cartons traités contre le gras), mais aussi des nappes imperméabilisées peuvent renfermer des perturbateurs endocriniens.

Perturbateurs endocriniens dans le plastique

  • Bisphénol A : même si le bisphénol A (BPA) est interdit dans les contenants alimentaires en plastique depuis 2015, il est possible d'en trouver par exemple dans des robots de cuisine type blender, une bouilloire en plastique, des bacs de réfrigérateur.
  • Phtalates dans certains récipients en plastiques : ils peuvent migrer des contenants à la nourriture en cas de chauffage. Il est déconseillé de réchauffer au micro-onde les plats dans des boîtes en plastique ou des boîtes en carton traitées contre le gras (ex : contenants en carton pour les burgers).
  • La présence de phtalates est également possible dans des jouets en plastique pour enfants.

Perturbateurs endocriniens dans les cosmétiques, produits d'hygiène et médicaments

Les perturbateurs endocriniens se trouvent également dans la salle de bains dans :

  • De nombreux cosmétiques dont le maquillage (phtalates et/ou parabène)
  • Des parfums : phtalates
  • Des produits d'hygiène : dentifrice, le déodorant, le shampoing, le savon (phtalates et/ou parabène et/ou triclosan)
  • Des médicaments : pilule contraceptive, le paracétamol, l'aspirine ou certains antidépresseurs.

Perturbateurs endocriniens : effets potentiels et risques

Les perturbateurs endocriniens sont soupçonnés d'avoir divers effets négatifs sur notre corps, et ainsi de participer au développement de nombreuses pathologies. Ces substances sont un réel enjeu de santé publique. C'est pour cette raison que la France a mis en place depuis 2014 une stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens (SNPE) afin de permettre de caractériser leur impact sur notre santé, de produire des connaissances utiles et d'informer la population.

Tous intoxiqués par les perturbateurs endocriniens ?

La présence de perturbateurs endocriniens dans notre quotidien ne signifie pas forcément que nous sommes en danger permanent. Leur toxicité et les effets sur notre corps sont encore mal cernés par les scientifiques, et l'incertitude demeure quant à leur impact sur notre santé. Il est donc plus prudent de mettre en place un principe de précaution et d'essayer de réduire l'exposition à ces substances, plus particulièrement pour les femmes enceintes ou en âge de procréer et les jeunes enfants.

Les effets potentiels d'une exposition aux perturbateurs endocriniens

Les perturbateurs endocriniens interfèrent avec les fonctions hormonales de notre organisme et altèrent le bon fonctionnement de notre système endocrinien et ainsi peuvent perturber :

  • Les fonctions reproductrices,
  • Les fonctions thyroïdiennes,
  • Les fonctions surrénaliennes,
  • Le métabolisme,
  • Le neuro-développement.

Les conséquences de ces effets suspectés sur notre système endocrinien sont nombreuses : troubles hormonaux, mauvais développement du fœtus, malformations congénitales, puberté précoce, obésité, maladie thyroïdienne, infertilité…

Perturbateurs endocriniens et grossesse

Les femmes enceintes sont les premières concernées par les risques éventuels liés aux perturbateurs endocriniens. Le système hormonal est particulièrement sensible au moment de la conception, mais aussi pendant la grossesse. Les effets des perturbateurs endocriniens peuvent aussi se diffuser dans le temps et se transmettre aux enfants en développant des pathologies liées aux perturbateurs endocriniens qui se déclareront à la naissance ou pendant la croissance : faible poids ou malformation génitales pour les petits garçons. De nombreux scientifiques ont également établi un lien entre l'exposition aux perturbateurs endocriniens pendant une grossesse et des troubles du métabolisme chez l'enfant : obésité, diabète, ou encore infertilité.

Perturbateurs endocriniens et cancer

Au-delà de ces troubles possibles transmis à l'enfant, des chercheurs du CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer) ont classé des perturbateurs endocriniens comme risque accru confirmé ou potentiel de développement de cancer. C'est le cas par exemple pour :

  • Le diéthylstilbestrol, un médicament connu sous les noms Distilbène®, Furostilboestrol® et Stilboestrol-Borne®, contenant des estrogènes de synthèse non stéroïdiens et utilisé entre 1948 et 1977 pour réduire le risque de fausse couche. Un lien a été établi entre la prise de ce médicament et le risque de cancer du sein. Chez les petites filles des femmes ayant pris ce médicament pendant leur grossesse, le risque relatif d'un cancer du vagin est augmenté également. 
  • Les traitements hormonaux de la ménopause (THM) sont aussi suspectés d'amplifier les risques des cancers du sein et de l'endomètre chez les femmes en ayant pris. " En 2015, en France, l'utilisation de THM a été responsable de plus de 3 100 nouveaux cas de cancers du sein, de l'endomètre et de l'ovaire chez les femmes âgées de 50 ans et plus. Cette même année, 3,4% des femmes françaises âgées de 50 ans et plus utilisaient un THM, et 30,2% étaient d'anciennes utilisatrices de THM. " - source CIRC.
  • L'ethinyl œstradiol présent dans les pilules contraceptives est également associé à une augmentation du risque de cancer du sein chez les femmes, mais aussi du cancer de l'utérus. A noter que les pilules contraceptives à base de progestatifs seuls ne semblent pas associées au risque de cancer.
  • Les polychlorobiphényles qui ont un effet suspecté d'augmenter le risque de cancer du sein et du lymphome malin non-hodgkinien.
  • Les hydrocarbures aromatiques polycycliques sont soupçonnés d'accroître le risque de cancer du poumon, de la vessie et de la peau.
  • Les phtalates pourraient également augmenter le risque de tumeurs du foie ou des testicules.

Perturbateurs endocriniens et fertilité

Les perturbateurs endocriniens ont-ils une incidence sur l'augmentation de l'infertilité dans les pays occidentaux ? Les problèmes d'infertilité sont en constante augmentation en France, et de plus en plus de chercheurs et d'études établissent un lien possible entre les perturbateurs endocriniens et les troubles de la reproduction, et en particulier sur le développement de l'appareil génital des petits garçons.

Conseils pour se protéger des perturbateurs endocriniens

  • Manger de préférence des fruits et légumes bio ;
  • Préférer les plats faits maison ;
  • Lire les étiquettes des aliments ;
  • Bien laver ses fruits et légumes ;
  • Favoriser les aliments dans des emballages garantis sans contaminants comme le verre ;
  • Limitez la consommation de produits à base de soja ;
  • Aérer quotidiennement ;
  • Moins fumer ;
  • Essayer de lutter contre certains pesticides, notamment si vous avez un jardin.
  • Eviter de faire chauffer les plats dans des récipients en plastique, mais aussi de réchauffer un plat avec du film étirable au micro-onde ;
  • Ne pas utiliser des poêles ou casseroles antiadhésives qui sont rayées ou utiliser des poêles en céramique ;
  • Préférer les contenants en verre ;
  • Eviter au maximum les conserves et canettes en métal ;
  • Fabriquer ses cosmétiques à la maison…

Les alternatives pour des produits d'hygiène sans perturbateurs endocriniens

Pour contrôler et limiter l'exposition aux perturbateurs endocriniens, une solution est de se lancer dans la fabrication de produits de beauté à la maison. Cela vous permet de maîtriser la composition de vos produits, et ainsi d'éliminer les substances controversées, de vous créer des soins sur mesure, mais aussi de faire des économies. Retrouvez nos recettes faciles de shampoing, de crème pour le visage, de crème pour le corps, de déodorant, de gommage, de baume à lèvres, de lotion, de masque pour les cheveux, de dentifrice et de démaquillant.

Perturbateurs endocriniens : le danger du bisphénol A confirmé, la liste

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