Georges Brassens : biographie d'un monstre sacré de la chanson française

Georges Brassens : biographie d'un monstre sacré de la chanson française GEORGES BRASSENS. Poète, chanteur, écrivain, auteur et compositeur français, Georges Brassens est l'auteur de nombreux textes qui font la fierté de la chanson française : "L'Auvergnat", "Les copains d'abord" ou "Le Gorille".

A travers ses recueils de poèmes, ses romans et ses chansons, Georges Brassens s’est imposé comme le "maître des mots" en France. Auteur exigeant et perfectionniste, il a conté à ses publics des bribes de sa vie et livré un regard incisif sur le monde environnant. Aujourd’hui, il reste l’un des auteurs les plus prolixes de la chanson française. Preuve de ce succès, "La chanson pour l’auvergnat", "Les amoureux des bancs publics" ou "Les copains d’abord" sont autant de chansons qui inspirent la scène française, bien des années après la mort du chanteur en 1981.

Georges Brassens naît le 22 janvier 1921 à Sète. Son père Jules est un maçon des environs. Il lui transmet sa liberté de pensée et la croyance en ses propres idées. Sa mère, Elvira, d’origine napolitaine, est au contraire une fervente catholique. Elle lui apprend la rigueur du dogme religieux. Les tempéraments pourtant opposés de ses parents n’empêchent pas Georges Brassens de passer une enfance paisible. Passionnée de musique, sa famille l’élève au son des standards de la chanson française et du jazz. Cette éducation forme sa culture musicale. C’est également pendant sa jeunesse qu’il s’essaie à son premier instrument de musique, la mandoline, bien avant de gratter sa première guitare.

Si la biographie de Georges Brassens est aussi riche en musique, c'est peut-être aussi parce que le reste, et surtout les études, ne passionnent guère le jeune homme. Il se montre indiscipliné et peu enclin à travailler. Un homme réussit pourtant à l’intéresser à sa matière : son professeur de français, Alphonse Bonnafé. Celui-ci lui fait découvrir les vertus des vers et de la rime. A la lecture des premiers brouillons de l’adolescent, il les juge sévèrement, mais l’encourage à persévérer. A l’âge de 18 ans, Georges Brassens interrompt brutalement ses études, après avoir été impliqué dans de petits cambriolages. Plus tard, il racontera cet épisode et ses conséquences dans les titres "Les quatre bacheliers" et "La mauvaise réputation". Ses parents, soucieux du bien être de leur fils, l’encouragent à se rendre à Paris où réside une de ses tantes. Georges Brassens ne le sait pas encore mais cet exil sera salvateur. 

Brassens à Paris, une formation à l'art des paroles

En février 1940, il arrive à Paris chez sa tante Antoinette, rue d’Alésia. Autodidacte, le jeune homme apprend le piano et compose ses premiers airs. Parallèlement, il travaille comme ouvrier à l’usine Renault. Mais la guerre arrive déjà et Paris est bombardée. Il retourne quelques temps vivre chez ses parents mais, s’ennuyant très vite, revient à Paris quand le danger s’amoindrit. Cette nouvelle vie lui donne le loisir de se consacrer à l’écriture et d’affiner son style. Il fréquente les bibliothèques et étudie les grands auteurs. Il écrit ainsi ses deux premiers recueils de poèmes, "A la venvole" et "Des coups d'épée dans l'eau", qui sont publiés en 1942.

En mars 1943, le poète est réquisitionné dans le cadre du Service de Travail Obligatoire. Il se rend dans la banlieue de Berlin, à Basdorf, en Allemagne. Malgré la situation, il continue à écrire des textes et à les jouer devant son premier public, constitué de prisonniers de guerre. C’est dans ce cadre qu’il fait la rencontre de Pierre Ontoniente, qu’il appelle Gibraltar. Fidèle en amitié, Georges Brassens le considérera toute sa vie comme son homme de confiance et l’engage, en 1956, comme secrétaire. Après un an passé en Allemagne, il obtient enfin une permission et revient à Paris. Il se réfugie dans la pension de famille de Jeanne Planche, la voisine de sa tante et s’y cache jusqu’à la fin de la guerre. Elle est sa première admiratrice. Georges Brassens se sentit tellement bien chez elle et son mari, qu’il y reste pendant 22 ans. Jeanne tient une place importante dans la vie de Georges Brassens, qui lui consacrera deux chansons "La cane de Jeanne" et "Chez Jeanne".

Les débuts en chanson de Brassens

A son retour à Paris, commence une période de galères et de pauvreté pour le jeune auteur. C’est à cette époque, en 1945, que Georges Brassens acquiert sa première guitare, sur laquelle il fait ses premiers accords et compose ses premiers morceaux. Parallèlement, il continue à manier la plume en collaborant au journal anarchiste « Le libertaire » pour gagner un peu d’argent. En 1947, Georges Brassens a 26 ans. Il fait la rencontre d’une jeune estonienne, Joha Heiman, et tombe amoureux. Il la considère non pas comme "sa femme" mais comme "sa déesse". Ils ne partageront jamais le même toit mais resteront ensemble jusqu’au bout. Celle-ci restera la seule femme dans la vie du chanteur.

Georges Brassens
Georges Brassens à l'Olympia © DALMAS/SIPA

Durant ces années, Georges Brassens continue activement à écrire. Il ne s’imagine pas alors chanteur mais se considère plutôt comme un parolier. Cependant, il peine à trouver des interprètes pour ses compositions. Il fait ses débuts sur scène dans quelques cabarets parisiens mais c’est sa rencontre avec la célèbre chanteuse Patachou, en mars 1952, qui va véritablement le lancer. Elle accepte de lui prendre quelques chansons dont "Les bancs publics", à condition qu’il monte sur la scène de son cabaret. Elle est, en effet, persuadée que l’auteur personnifie ses textes en les chantant et que lui seul peut les interpréter. Le chanteur est maladroit et peine à surmonter son trac et sa timidité. C’est pourtant sur scène qu’il fera ses premières armes et c’est bien cette authenticité qui fera à jamais son originalité.

A ce moment, Jacques Cannetti, célèbre dénicheur de talents et patron des "Trois baudets" le repère et l’engage dans son cabaret. Très vite, il le signe sur le label Polydor. Dès l’été 1952, il part en tournée avec les Frères Jacques et Patachou. Puis, il enchaîne les spectacles dans les cabarets comme "Les trois baudets". En 1953, il passe en tête d’affiche à Bobino. A partir de ce moment, la carrière de Georges Brassens est lancée. Le parler franc de ses textes fait son succès, et sa popularité ne sera jamais démentie, même pendant la période Yéyé, qui véhicule pourtant un mode de vie plus insouciant. En 1954, il est près de deux mois sur la scène de l’Olympia. Il publie la même année son second roman La tour des miracles. S’ensuit un mode de vie itinérant, où les tournées en France et dans les pays francophones s’enchaînent, à mesure que les albums sortent.

"La Mauvaise Réputation" de Brassens et le titre "Le Gorille"

"La Mauvaise Réputation" est le premier album de Georges Brassens, sortie en 1953. Le nom de l'album provient d'une chanson du même nom, présente sur celui-ci. La chanson exprime la marginalité, la critique de l'autorité et Georges Brassens en profite aussi pour marquer son antimilitarisme. La phrase du refrain, "les braves gens n'aiment pas que, l'on suive une autre route qu'eux", est resté dans les mémoires. A sa sortie, elle fut d'abord censurée, interdite d'antenne. Une autre chanson connue fait partie de cet album : "Le Gorille". C'est une chanson dans laquelle il s'insurge contre la peine de mort et fut interdite d'antenne pendant de nombreuses années également. Georges Brassens a déclaré à propos de cette chanson : "Là, j'ai voulu raconter une histoire pour m'amuser. Mais à la fin de cette histoire un peu burlesque une sorte de morale est venue. En prime, je n'y avais pas pensé."

L'hymne à l'amitié de Brassens : "Les copains d'abord"

"Les copains d'abord" est l'une des chansons les plus célèbres de Georges Brassens. Hymne à l'amitié, elle est écrite par le chanteur pour le film "Les Copains" d'Yves Robert, sortie en 1965, et fait ensuite partie de l'album du même nom de Georges Brassens. Elle a été reprise plusieurs fois. 

Joha Heiman, la femme de Brassens

Georges Brassens aura eu une longue et prolifique carrière. Mais derrière les albums et les concerts, la vie privée de l'artiste reste quasiment un mystère total. La seule relation connue du chanteur est celle avec Joha Heiman, une Estonienne qu'il rencontre en 1947. Cette dernière a près de dix ans de plus que lui quand il fait sa rencontre. Georges Brassens la surnomme affectueusement "Püppchen", qui signifie "petite poupée" en allemand. Mais les deux amoureux l'écrivent "Püpchen", qui signifie cette-fois "petit pet". C'est ce nom qui est écrit sur la tombe qu'ils partagent au cimetière Le Py Sète. Joha Heiman a partagé la vie de Georges Brassens jusqu'à sa mort en 1981 et l'aura rejoint le 19 décembre 1999, à 88 ans.

Brassens, les dernières années et sa mort

Cependant, le chansonnier ne profite pas pleinement de sa vie artistique. D'importants problèmes de santé le vieillissent et l’affaiblissent énormément. Depuis son retour de la guerre, Georges Brassens souffre en effet de calculs rénaux. En 1963, il subit une première opération chirurgicale des reins. Le 12 mai 1967, il est à nouveau opéré. Il livre plus tard à son public son combat contre la maladie dans la chanson "L’épave". A la fin des années 70, Georges Brassens est considéré comme une référence de la chanson française. Le 6 janvier 1969, il accorde un entretien au magazine Rock & Folk, aux côtés de ses amis Jacques Brel et Léo Ferré. La photographie illustrant cet entretien fera date dans l’histoire de la musique française.

En 1973, Georges Brassens part une dernière fois en tournée en France et en Belgique. Il publie son dernier album, composé de versions instrumentales de ses plus grands succès, en 1976. Puis, il fait ses adieux définitifs à la scène, le 20 mars 1977, à Bobino. Avant de mourir, Brassens participe à deux projets. En 1979, il interprète "La chanson du hérisson" avec Henri Salvador, pour le conte musical "Emilie Jolie" de Philippe Chatel. L'année suivante, il enregistre l’album "Georges Brassens chante les chansons de sa jeunesse" au profit de l’association Perce Neige de Lino Ventura. Ce dernier opus est constitué de ses propres morceaux et de reprises de chansons françaises d’interprètes célèbres.

En novembre 1980, Georges Brassens se sait atteint d’un cancer de l'intestin. Il subit sa troisième et dernière opération. Il décède à Saint–Gély–du–Fesc, en fin de soirée, le 29 octobre 1981. Il est inhumé à Sète, dans le caveau familial au cimetière Le Py. Dans toute la France, le choc de sa mort est présent. 

La génération Brassens

Georges Brassens est un artiste unique. Aujourd’hui, sa discographie est constituée de 196 chansons, gravées sur douze albums. Son œuvre est baignée de références sociales. Il brise les conventions en chantant sur les exclus de la société ou en prenant position sur des thèmes qui font polémiques ou qui sont des tabous.

Georges Brassens est également reconnu pour sa maîtrise de la langue française et son habilité avec les mots. Il sera récompensé à plusieurs reprises. Parmi les prix qu’il reçoit, les plus importants sont le prix de l’Académie Charles Cros pour son premier album "Le parapluie" (1954), le "Prix de Poésie de l’Académie Française" (1967) et le "Grand Prix du Disque" (1975).

Mais la plus belle récompense vient du monde des artistes qui, plus de 20 ans après sa mort, l’honorent encore et le considèrent comme un modèle. A travers deux disques hommage, "Les oiseaux de passage" parue en 2001, pour les 20 ans de la mort du chanteur et "Putain de toi" (2006), la jeune génération de la scène française témoigne de l'important apport à la musique de l'auteur, chanteur et compositeur qu'est Georges Brassens. Il a eu aussi beaucoup d'influences sur de nombreux artistes comme Renaud ou Maxime Le Forestier. 

Georges Brassens : dates clés

22 octobre 1921 : Naissance à Sète (Hérault)
Il vit dans une famille passionnée de musique. Il découvre plus tard, grâce à son professeur de français, la poésie. 
1946 : Collaboration au journal anarchiste "Le Libertaire"
Georges Brassens est antimilitariste et anticlérical. Il fréquente des militants libertaires et s'implique dans le mouvement. 
6 mars 1952 : Patachou lance la carrière de Georges Brassens
Georges Brassens décroche une audition dans le cabaret de Patachou. Il lui chante quelques textes dans l'espoir que cette dernière accepte de les interpréter. Patachou lui promet d'en choisir quelques une qui lui correspondent ("Le bricoleur", "La chasse aux papillons") mais incite également l'auteur à les faire vivre sur scène. Il se produit dans son cabaret le lendemain et les jours suivants jusqu'à ce que le public l'écoute et l’ovationne. Il interprète certains de ces futurs succès : "Gare au Gorille" et "La mauvaise réputation". Patachou continue à être la bonne étoile de Georges Brassens. Elle le présente à Jacques Canneti, un des hommes les plus influents de la musique de l'époque. En signant chez Polydor, sa carrière est lancée. Georges Brassens devient auteur-interprète, il sort ses premiers 78 tours et fait sa première scène à Bobino.
1953 : Premier 33 tours chez Polydor et premiers passages à Bobino
Son premier 33 tours est "La Mauvaise Réputation" avec les chansons "La Mauvaise Réputation" et "Le Gorille". 
1954 : Premier prix de l'Académie Charles Cros pour son premier album
L'Académie est créé par des spécialistes du disque et des critiques en 1947. Elle récompense des œuvres musicales originales, avec un enregistrement de qualité.
24 septembre 1954 : Consécration à l'Olympia pour Brassens
Le chanteur français triomphe dans le prestigieux music-hall parisien. La même année, il sortira un recueil de textes : "La mauvaise réputation". Brassens, reconnu comme chansonnier, deviendra dans le cœur du public un poète, amoureux de la langue française.
1956 : Il joue et chante dans le film "Porte des lilas" de René Clair
Le film est une adaptation du roman de son ami René Fallet qui s'intitule "La Grande Ceinture". Mais le tournage du film a été une mauvaise expérience pour Georges Brassens, il décide donc de ne plus tourner de films. 
1964 : Il écrit "Les copains d'abord" pour le film "Les copains" d'Yves Robert
Chanson devenue célèbre grâce à ce film et qui est souvent reprise aujourd'hui. 
1967 : Grand Prix de Poésie de l'Académie Française
Le Grand prix de poésie de l'Académie française est décerné, pour l'ensemble de son oeuvre, à un poète d'expression française. 10 ans après la création de ce prix, Georges Brassens en reçoit un. 
6 janvier 1969 : Brel, Brassens et Ferré pour un entretien historique
Sur une proposition du magazine "Rock'n Folk", et en collaboration avec RTL, une interview exceptionnelle est organisée dans un petit appartement de la rue Saint-Placide à Paris, qui réunit Georges Brassens, Jacques Brel et Léo Ferré. Autour d'une table ronde, les trois "monstres sacrés" de la chanson française échangeront leurs opinions sur le monde et la musique. La rencontre, organisée par le journaliste de "Rock'n Folk", François-René Christiani, sera immortalisée par une photographie noir et blanc de Jean-Pierre Leloir
1979 : Participation au conte musical "Emile Jolie" de Philippe Chatel
La même année, le Grand Prix du disque lui est remis par le Maire de Paris, Jacques Chirac.
29 octobre 1981 : Décès de Georges Brassens
Durant toute sa vie, Georges Brassens souffre d’une maladie des reins qui le fait particulièrement souffrir et le contraint parfois à quitter la scène. En novembre 1980, Georges Brassens est atteint d’un cancer et subit une troisième opération des reins. Il meurt un an plus tard. Il venait juste de fêter ses 60 ans.

Variété française