Le Directoire : régime politique français de 1795 à 1799

Le Directoire : régime politique français de 1795 à 1799 Le Directoire est le régime politique de la Première République entre 1795 et 1799 en France. Il prend fin en 1799 avec le coup d'Etat du 18 Brumaire de Napoléon Bonaparte.

Le résumé du Directoire - La Révolution française qui débute en 1789 est encouragée par les aspirations républicaines et libérales du peuple contre la monarchie absolutiste et autocratique. Elle mène la France à la Première République qui est proclamée en septembre 1792. Mais le pays n'en a pas fini avec les épisodes sanglants, après la condamnation à mort du roi Louis XVI et de sa femme, la Terreur est mise en place pour faire face aux révoltes. Il s'agit d'un régime tyrannique où de nombreux innocents sont condamnés à mort par simple lettre de dénonciation. La Terreur prend fin avec la chute de Robespierre en 1794. La France, traumatisée par cet épisode de guerre civile, réforme sa Constitution et fonde le Directoire sur le principe d'une séparation stricte des pouvoirs. Ce régime politique a pour but d'éviter une nouvelle dérive tyrannique et de contribuer à l'unité de la Nation face aux menaces royalistes et étrangères de la Deuxième Coalition. Malgré de nombreuses avancées, le Directoire est contesté tant par les républicains que par les royalistes conservateurs. La Première République et avec elle, le Directoire, disparaissent lors du coup d'Etat du 18 Brumaire (9 novembre 1799) de Napoléon Bonaparte.

Pourquoi et comment le Directoire a-t-il été mis en place ?

La Première République est proclamée le 21 septembre 1792. Elle est rattrapée par la révolte qui gronde toujours en province et la Terreur est mise en place avec un gouvernement révolutionnaire causant des milliers de morts. Le 28 juillet 1794, Robespierre et ses proches sont guillotinés. Le gouvernement révolutionnaire est démantelé, ce qui met fin à la Grande Terreur. La Convention thermidorienne qui est mise en place ensuite, apparaît comme un système transitoire visant à renouveler les membres du Comité de salut public par des membres plus libéraux et modérés. Une nouvelle constitution, appelée Constitution de l'An III, est adoptée par les nouveaux membres le 22 août 1795 (5 fructidor an III). Après des élections, elle débouche le 26 octobre 1795 sur le Directoire, censé apporter un équilibre entre le libéralisme républicain et le conservatisme réactionnaire des royalistes.

Qui a dirigé le Directoire ?

Emmanuel-Joseph Sieyès
Portrait d'Emmanuel-Joseph Sieyès © MARY EVANS/SIPA (publiée le 21/07/2022)

Le Directoire repose sur un système de gouvernance de cinq directeurs élus par les deux assemblées électorales : le Conseil des Anciens (l'équivalent de l'actuel Sénat) qui se compose de 250 membres et le Conseil des Cinq-Cents de 500 membres. Les premières élections ont lieu du 12 au 21 octobre 1795, avec pour but de choisir les membres des assemblées électorales. Le 31 octobre, les assemblées nomment cinq directeurs :

  • Paul Barras,
  • Louis-Marie de La Révellière-Lépeaux,
  • Emmanuel-Joseph Sieyès,
  • Jean-François Reubell
  • Étienne-François Le Tourneur.

Ces noms évoluent au cours de la période, ainsi Lazare Carnot vient remplacer un temps Sieyès, tandis que Le Tourneur fait place à François Barthélemy, Nicolas François de Neufchâteau et Jean-Baptiste Treilhard. Mais l'autorité des directeurs est contestée. Le 4 septembre 1797, les royalistes tentent un coup d'Etat, en vain. Napoléon Bonaparte tiendra compte de leurs erreurs pour réussir son propre coup d'Etat du 18 juin 1799 qui mettra un terme définitif au Directoire.

Quels sont les principaux aspects de la constitution du Directoire ?

La constitution du Directoire, connue sous le nom de Constitution de l'an III, cherche à trouver un équilibre raisonnable entre les excès révolutionnaires qui ont conduit à la Terreur et les revendications réactionnaires des royalistes qui risqueraient de ramener la France sous l'Ancien Régime. C'est le principe de collégialité. Ainsi, elle conserve la séparation des pouvoirs entre le judiciaire, l'exécutif (les directeurs) et le législatif. Le pouvoir législatif se divise en deux chambres. La première est le Conseil des Cinq-Cents qui se constitue de cinq cents membres élus par suffrage censitaire. Ce Conseil joue un rôle consultatif. La seconde chambre est le Conseil des Anciens, dont les membres sont également élus par suffrage censitaire. Leur rôle consiste principalement à approuver ou refuser en seconde instance les lois votées par la première chambre. Par exemple, ils élisent les directeurs sous proposition des Cinq-Cents.

Qu'est-ce que la Conjuration des Egaux ?

La Conjuration des Egaux (1796) est un mouvement politique dissident qui conteste le système du Directoire. Elle est composée de révolutionnaires jacobins qui jugent ce système fait par et pour les bourgeois, car insuffisamment républicain et trop conciliant avec les conservateurs. Elle est menée par Gracchus Babeuf, une des figures de la Révolution française. Il aspire notamment à un régime entièrement égalitaire. La Conjuration des Egaux organise ainsi des salons pour débattre et discuter sur les possibilités de créer un nouveau système politique. Mais le général Bonaparte fait interdire les salons en 1796, ce qui a pour conséquence de radicaliser les membres de la Conjuration. Babeuf est arrêté le 10 mai 1796 pour fait de dissidence. Il est condamné à mort le 26 mai 1797. Ces événements auront pour conséquence de radicaliser les révolutionnaires acquis à la cause de Babeuf et d'affaiblir la légitimité du Directoire.

Quelle politique est menée en dehors de la France ?

Bataille des Pyramides
La bataille des Pyramides, 1798 © ABECASIS/SIPA (publiée le 21/07/2022)

La période du Directoire est marquée par une politique étrangère expansionniste qui fait face à une Europe hostile au régime républicain. En effet, une Première Coalition des royaumes européens s'est formée après la victoire française de Valmy avec pour but de restaurer la monarchie en France. Napoléon Bonaparte y met un terme lors de la première campagne d'Italie. La loi Jourdan est votée, permettant de lever des armées conscrites parmi les jeunes dès 20 ans. Cette loi de conscription a surtout pour but de lutter plus efficacement contre la Deuxième Coalition menée par la Grande-Bretagne, la Russie et l'Autriche à partir de 1798. En Orient, la campagne d'Egypte est à nouveau confiée au général Napoléon pour affaiblir les Anglais installés en Egypte. Le Directoire cherche également à éloigner Bonaparte du pouvoir. La bataille des Pyramides menée par le général français contribue au prestige de la Première République, mais surtout à sceller les premières pierres du mythe napoléonien.

Qu'est-ce qui caractérise le style Directoire ?

Cette période fait naître une nouvelle inspiration esthétique dans les domaines des arts, de la mode et de la culture. C'est une période de culture intense et complexe, parfois même paradoxale. Elle s'inscrit dans une volonté de rupture avec le faste et le luxe de l'Ancien Régime, tout en composant avec une période préromantique façonnée par le mythe napoléonien et les redécouvertes des richesses antiques gréco-romaines (Alexandrie lors de la Campagne d'Egypte et Rome lors de la Campagne d'Italie). Le style Directoire est néanmoins marqué par un style d'ameublement sobre et simple, faisant transition entre le style Louis XVI et le style Empire. A l'inverse, la mode devient extravagante avec les Incroyables et les Merveilleuses : style chatoyant qui veut oublier le pessimisme et la noirceur de la Terreur, et qui s'inscrit dans la période préromantique des exploits napoléoniens.

Comment et pourquoi le Directoire disparaît ?

En voulant composer avec les républicains et les conservateurs royalistes, le Directoire ne parvient pas à satisfaire les aspirations de chacun. Le système politique connaît des mouvements de contestation, tant du côté des révolutionnaires que du côté des royalistes. Affaiblie par les attaques des grandes puissances voisines, la légitimité du Directoire est de plus en plus fragile. Le Coup d'Etat du 18 Brumaire (9 novembre 1799) organisé par Emmanuel-Joseph Sieyès et mis en œuvre par le général Napoléon Bonaparte met un terme définitif à ce régime politique jugé trop instable. Un Consulat composé de trois consuls vient remplacer le Directoire. Napoléon est nommé Premier consul, avant de devenir consul à vie dès 1802. Le Consulat adopte la Constitution de l'An VIII un mois après le coup d'Etat.

LES DATES CLÉS DU DIRECTOIRE

26 octobre 1795 - Début du Directoire
Le 26 octobre 1795, le Directoire devient le nouveau système politique de la Première République. Il succède ainsi à la Convention, jugée trop libérale et démocratique, et donc responsable de la dérive de la Terreur. Le vote et l'adoption de la Constitution de l'an III réforment totalement le système de gouvernance. Dix candidats à la Direction sont choisis par les Cinq-Cents et élus par les Anciens au scrutin secret. Le système exécutif, appelé Direction, dure cinq ans.
26 décembre 1795 - Madame Royale monnaie d'échange
Lors de la bataille de Maubeuge de 1793, plusieurs grandes figures révolutionnaires ont été fait prisonnières par l'armée autrichienne, dont les plus célèbres sont Drouet, Camus et Maret. Le 26 décembre 1795, sous la pression des libéraux, le Directoire conclut un accord d'échange de prisonniers avec l'empire d'Autriche. Ils offrent Marie-Thérèse Charlotte en monnaie d'échange. Surnommée Madame Royale, elle est la fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette, mais surtout la petite-fille de l'ancien empereur autrichien, François Ier. Les révolutionnaires captifs sont ainsi libérés, et l'ancienne dauphine est remise à sa famille.
1er janvier 1796 - Création du ministère de la Police
Depuis 1791 et la Fête de la Fédération, le territoire français est un et indivisible. Cette conception récente implique des réformes dans le pouvoir régalien, dont la surveillance et la sécurité des citoyens, qui dépendent désormais de l'Etat. Ainsi, le 1er janvier 1796, les différents comités de surveillance créés durant la période de la Terreur sont remplacés par un ministère de la Police. Ce ministère veillera surtout à démanteler les mouvements dissidents et à étouffer les potentielles insurrections. La police sera surtout mobilisée pour réprimer les organisations jacobines jugées trop zélées et dangereuses pour la stabilité du pays.
15 juillet 1796 - Fin de la Guerre de Vendée
Depuis les débuts de la Révolution, la guerre civile frappe la Vendée, opposant les royalistes et les révolutionnaires. La Vendée est une région de France acquise à la cause du roi, et devient le terreau des contre-révolutionnaires. Les tensions sont exacerbées dès 1793 avec le massacre des Chouans. Après de multiples affrontements sanglants, les meneurs royalistes Charette et Stofflet sont arrêtés et exécutés. Le 15 juillet 1796, le Directoire annonce la fin de la Guerre de Vendée.
10 septembre 1796 - Le Directoire écrase les "babouvistes"
Partisans de la Conjuration des Egaux fondée par le révolutionnaire et théoricien Gracchus Babeuf, les "babouvistes" se sont radicalisés après la condamnation à mort de leur meneur. Une milice "babouviste" s'est alors créée pour organiser une insurrection. Mais, dénoncés et piégés par certains espions mandés par le Directoire, les "babouvistes" sont écrasés par l'armée française dirigée par le général Napoléon Bonaparte. Le 10 septembre 1796 marque la répression définitive du mouvement "babouviste".
4 septembre 1797 - Coup d'Etat de Fructidor
Le Directoire craint l'instabilité du pays avec l'arrivée majoritaire des royalistes dans les deux chambres législatives. Le 4 septembre 1797, face à la menace d'une Réaction (retour à la monarchie), le pouvoir exécutif organise son premier Coup d'Etat. C'est le Coup d'Etat de Fructidor, mené par le général Pierre Augereau. A la demande des Directeurs, celui-ci assiège les deux Assemblées et contraint les Cinq-Cents et les Anciens à réformer les lois pour mettre un terme à la menace royaliste. Quarante-deux députés suspectés d'organiser le retour de la monarchie sont ainsi condamnés à l'exil. De même, une nouvelle loi votée sous la contrainte dispose que toute sympathie envers la monarchie est désormais condamnée à mort.
15 avril 1798 - Genève perd son indépendance
Le 15 avril 1798, Genève perd sa liberté et son indépendance à la suite de l'occupation des troupes françaises dans la république indépendante de Genève. Ce fait survient seulement quelques semaines après la création de la République suisse unitaire, imposée par le Directoire, et similaire en tout point à la République française.
11 mai 1798 - Le coup d'Etat du 22 Floréal an VI
A la suite de nouvelles élections des membres des deux chambres, les Néojacobins sortent majoritaires dans les urnes. Ces élections sont très mal perçues par le parti "directorien" qui craint pour sa légitimité et la stabilité de l'exécutif. Ils organisent ainsi une forme de Coup d'Etat par la loi du 22 Floréal an VI (11 mai 1798). Cette loi, bien que légale dans ses fondements, invalide les élections de 106 députés jacobins et remet en cause le caractère démocratique des élections.
18 juin 1799 - Coup d'Etat du 30 Prairial
La légitimité du pouvoir exécutif est de plus en plus remise en question par le pouvoir législatif. L'arrivée en force des Jacobins au Conseil des Cinq-Cents et au Conseil des Anciens affaiblit davantage cette légitimité. Alors que l'armée républicaine est affaiblie, les chambres demandent au Directoire de rendre des comptes. Mais, face au silence de l'exécutif, les réactions se radicalisent. Le 18 juin 1799, les chambres se révoltent : c'est le Coup d'Etat du 30 Prairial. Trois directeurs sont contraints de quitter le pouvoir, permettant aux Jacobins de placer des figures ouvertement révolutionnaires et républicaines dans le pouvoir exécutif.
8 octobre 1799 - Bonaparte rentre d'Egypte
Le 8 octobre 1799, le général Bonaparte rentre victorieux de la campagne d'Egypte, malgré un retour précipité face à la redoutable flotte britannique. Il a permis à la France de vaincre l'armée britannique installée à Alexandrie. L'exotisme et les récits de ses exploits achèvent la création du mythe napoléonien. Il débarque avec son armée à Fréjus, où ils sont acclamés par la foule. Mais Napoléon, déjà informé par Sieyès de l'enlisement du Directoire, remonte à Paris dans le but de mettre en application le renversement de ce système désormais défaillant.
9 novembre 1799 - Coup d'Etat du 18 Brumaire
Le Directoire est affaibli par son inertie face à la Deuxième Coalition, menée par la Russie et l'Autriche. Tandis que le nord-ouest de la France se fait envahir par les armées étrangères, le Directoire s'abîme dans des querelles politiciennes. Emmanuel-Joseph Sieyès, élu récemment au Directoire et ami de Napoléon Bonaparte, organise le renversement du système dont Napoléon sera l'exécutant. Le militaire, plébiscité par l'armée française autant que par le peuple à la suite de ses exploits, envahit le château de Saint-Cloud où sont réunies les deux chambres. Il contraint les députés à voter une nouvelle Constitution et à proclamer le Consulat.
13 décembre 1799 - Naissance du Consulat
Le 13 décembre 1799 voit la naissance du Consulat par la promulgation de la Constitution de l'An VIII. Elle renforce considérablement le pouvoir exécutif et ramène le pouvoir législatif à un rôle de façade. Napoléon considère en effet que la situation critique de la France face aux invasions étrangères ne peut souffrir de longs débats en Assemblée. Pour lui, le législatif passe par les plébiscites, davantage que par la démocratie représentative et les débats parlementaires. Trois consuls sont nommés par le Sénat pour une durée de 10 ans : Bonaparte, Lebrun et Cambacérès. Mais Bonaparte est nommé Premier Consul par plébiscite, lui offrant un pouvoir quasiment absolu par rapport aux deux autres consuls. La naissance du Consulat met fin à la période révolutionnaire et servira de tremplin à la proclamation du Premier Empire, le 18 mai 1804.

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