La Terreur : résumé de l'épisode sanglant de la Révolution

La Terreur : résumé de l'épisode sanglant de la Révolution Menée par Robespierre et les Jacobins, la Terreur est une période sanglante de la Révolution française. Voici les origines, les causes, les conséquences, l'histoire de la Terreur qui marque les débuts de la Première République.

Résumé de la Terreur - La Terreur est un épisode violent et tragique de la Révolution française durant lequel tous les opposants au régime en place sont emprisonnés ou exécutés. De 1793 à 1794, la Première République doit faire face à de nombreuses menaces aussi bien intérieures qu'extérieures : l'avancée des armées étrangères souhaitant rétablir la monarchie en France, la révolte des fédéralistes et l'insurrection des Vendéens. Craignant que ces conflits ne fusionnent et empêchent la Révolution de suivre son cours, la Convention, sous l'impulsion de Robespierre, met en place une répression très violente envers ceux qu'elle qualifie de "contre-révolutionnaires". En moins de deux ans, les arrestations arbitraires, les exécutions sommaires et les massacres se succèdent, faisant régner la peur parmi les opposants.

Quand s'est déroulée la Terreur en France ?

La Terreur est décidée le 5 septembre 1793 par la Convention (assemblée qui dirige la Première République). Elle se termine le 28 juillet 1794 avec l'arrestation des Jacobins et la mort de Robespierre. Pour remettre ces dates dans leur contexte, en 1792, Louis XVI et sa monarchie sont renversés pour laisser place à la Convention. Cette nouvelle assemblée est constituée de trois partis politiques majeurs : le Marais, les Girondins, et les Montagnards (révolutionnaires radicaux dont font partie les Jacobins). Ces derniers, menés par Robespierre, sont prêts à tout pour satisfaire le peuple, y compris à se radicaliser. Robespierre et ses acolytes passent à l'action dès le 31 mai 1793. A cette date, les Montagnards renversent les Girondins dont les principaux représentants sont guillotinés. Robespierre a à présent les mains libres pour gouverner la France et faire la chasse aux contre-révolutionnaires. Pour contrer cette prise de pouvoir, des insurrections fédéralistes éclatent dans le sud et l'ouest de la France.

Comment les Montagnards font-ils régner la Terreur ?

Les origines de la Terreur sont pour le moins paradoxales puisque, voulant défendre la liberté du peuple, Robespierre et les Jacobins mènent une véritable dictature autour d'un élément de répression fondamental : le tribunal révolutionnaire. Créé le 10 mars 1793, il permet de juger les opposants au régime et de les guillotiner sur la place publique. Les Girondins en feront les frais, jugés trop neutres et trop mesurés. Parmi les autres instruments de la Terreur, la loi des suspects est instaurée le 17 septembre 1793. Elle permet de donner un sens large à la notion de contre-révolutionnaire : "ceux qui par leur conduite, leurs relations, leurs propos ou leurs écrits se sont montrés partisans de la tyrannie, du fédéralisme et ennemis de la liberté ; ceux qui ne pourront justifier de leurs moyens d'existence et de l'acquit de leurs devoirs civiques ; ceux qui n'auront pu obtenir de certificat de civisme ; les ci-devant nobles qui n'ont pas constamment manifesté leur attachement à la Révolution, les émigrés, même s'ils sont rentrés, les prévenus de délits, même acquittés..."

Mais, ce n'est toujours pas suffisant pour Robespierre et ses partisans. Le 10 octobre 1793, à l'initiative de Saint-Just, la Convention annonce dans un décret que "le gouvernement de la France sera révolutionnaire jusqu'à la paix". Autrement dit, les libertés individuelles ne sont plus prises en compte et la constitution de 1793 n'est plus appliquée tant que la paix ne sera pas rétablie. Le 22 prairial de l'an II (10 juin 1794), la Convention édicte une nouvelle loi qui supprime la défense et les interrogatoires des accusés. Le tribunal révolutionnaire n'a plus qu'un seul choix à faire : l'acquittement ou la mort.

Pourquoi un régime de Terreur a-t-il été mis en place ?

La Terreur a été instaurée pour faire face aux menaces internes et externes du pays. A l'extérieur, une coalition formée par la plupart des autres royaumes européens s'est constituée pour contrer les révolutionnaires français et rétablir la monarchie. Malgré la victoire de Valmy et celle de Jemmapes en 1792, la Première République est sous pression. A l'intérieur du pays, la contre-révolution regroupe de nombreuses personnes dont les prêtres réfractaires (qui s'opposent à la Constitution civile du clergé), les partisans de la monarchie, les opposants aux conscriptions de masse pour la guerre... C'est dans ce contexte que les Vendéens et les Chouans se soulèvent en 1793, accentuant encore plus les tensions dans le pays.

Attaquées de toute part, la Révolution française tente donc de se défendre en instaurant la Terreur. Depuis 1789, la Révolution a apporté de nombreux bouleversements, pas toujours bien perçus par les anciens ordres de la noblesse et du clergé. La monarchie a survécu un temps, mais Louis XVI est accusé de trahison lors de l'été 1792. Cet évènement radicalise les idées révolutionnaires et la monarchie est abolie. Les massacres de septembre 1792 donnent déjà un aperçu de la Terreur qui sera mise en place l'année suivante. Certains historiens y voient même le début de la Terreur. La jeune république choisit ainsi d'aller crescendo vers la Terreur : le procès et la mise à mort du roi, la création du tribunal révolutionnaire et du Comité de salut public, la loi des suspects, le procès et la mise à mort de la reine, l'extermination des révoltés vendéens...

Quelles sont les conséquences de la Terreur ?

Avec la loi du 22 prairial et l'instauration de la Grande Terreur, les députés prennent peur et décident de renverser Maximilien de Robespierre. La Terreur prend fin lors de la condamnation à mort de Robespierre le 28 juillet 1794. Le gouvernement rédige une nouvelle constitution, afin d'éviter un retour à la Terreur. Le suffrage censitaire vient remplacer le suffrage universel, privant les jeunes et les plus modestes du droit d'éligibilité. Les pouvoirs, majoritairement détenus par la bourgeoisie, sont par ailleurs davantage divisés, afin d'éviter tout risque d'une nouvelle dictature : deux assemblées dirigent le législatif, et cinq directeurs contrôlent l'exécutif. Le 21 février 1795, la liberté de culte est également rétablie en France. Par ailleurs, le bilan humain est très lourd, en particulier dans les régions où la répression a été violente, comme en Vendée. Les guerres de Vendée ont causé la mort de plus de 170 000 personnes. Au total, près de 500 000 personnes ont été emprisonnées et 40 000 tuées durant la Terreur.

La Terreur a-t-elle menacé la Première République ?

Si la Terreur a été mise en place afin de préserver la jeune république, elle l'a paradoxalement mise en péril. Tout au long de la Terreur, Maximilien de Robespierre et ses partisans affirment que seul un régime répressif peut sauver la Première République des monarques européens venus envahir la France. Toutefois, dans son discours de novembre 1793, Georges Danton appelle les citoyens à la paix, en déclarant qu'une politique sans sang versé et plus mesurée est parfaitement compatible avec le maintien et la sauvegarde de la Première République. Accusés de malversations, Danton et ses acolytes "indulgents" sont guillotinés le 5 avril 1794.

Chronologie de la Terreur

22 septembre 1792 - Abolition de la Monarchie française
Dès son premier jour d'existence, la Convention, exerçant le pouvoir législatif, a aboli la monarchie. L'An I de la République est proclamé dès le lendemain.
10 décembre 1792 - Le procès de Louis XVI
Le procès de Louis XVI dure plus de deux semaines du 10 au 26 décembre 1792. Le verdict est rendu le 15 janvier 1793 : les députés ont voté pour la mort du souverain en grande majorité. Il est accusé notamment d'avoir fui à Varennes, de trahison avec les puissances étrangères et d'avoir donné l'ordre de tirer sur le peuple.
21 janvier 1793 - Mort de Louis XVI
Louis XVI est guillotiné place de la Révolution le 21 janvier 1793. Sa femme, Marie-Antoinette, le suivra sur l'échafaud le 16 octobre.
23 février 1793 - La Convention décide la conscription de 300 000 hommes
L'armée révolutionnaire doit augmenter ses effectifs militaires face aux menaces extérieures. A la tête de la Convention, les Girondins décident donc de mobiliser la population française : 300 000 hommes doivent venir grossir les rangs de l'armée. Cette conscription massive est mal perçue, comme à Lyon. Cet évènement est aussi le déclencheur des guerres de Vendée.
10 mars 1793 - Création du tribunal révolutionnaire
Pour faire face aux menaces intérieures et à la contre-révolution, la Convention met en place un "tribunal criminel extraordinaire" appelé tribunal révolutionnaire. Le procureur de la République décide de la poursuite ou non des suspects. Le tribunal révolutionnaire sera en fonction jusqu'au 31 mai 1795.
31 mai 1793 - Les Girondins renversés par les Montagnards
Le 31 mai 1793 annonce les prémices de la Terreur avec le renversement des Girondins par les Montagnards. À l'appel de Robespierre, les Montagnards, accompagnés des sans-culottes de la capitale, encerclent la Convention et demandent la destitution des députés girondins pour leur incapacité à gérer l'invasion étrangère. Cette action mène à l'exécution de 25 députés girondins.
17 septembre 1793 - La Convention vote la "Loi des suspects"
À la veille d'instaurer la Grande Terreur, la Convention décide, le 17 septembre 1793, de voter la "Loi des suspects". Cette loi offre la possibilité d'arrêter tous les "contre-révolutionnaires" et de leur faire un procès expéditif. Elle met en péril les citoyens qui ne sont pas pleinement engagés dans la Révolution, et ne sera abrogée qu'après l'exécution de Robespierre.
10 octobre 1793 - Saint-Just déclare le "gouvernement révolutionnaire"
Le 10 octobre 1793, Saint-Just déclare que le gouvernement restera révolutionnaire jusqu'à ce que la paix soit officiellement déclarée. Un nouveau calendrier révolutionnaire est adopté, et la constitution de 1793 n'est plus appliquée jusqu'à nouvel ordre, suspendant les libertés individuelles jusqu'au retour de la paix.
14 octobre 1793 - Marie-Antoinette devant le tribunal révolutionnaire
Le 14 octobre 1793, le tribunal révolutionnaire se charge d'expédier le procès de la reine de France, Marie-Antoinette. Accusée de complot et de conspiration avec des puissances étrangères, elle se voit aussi reprocher sa conduite immorale et les dépenses inconséquentes de son règne.
16 octobre 1793 - Marie-Antoinette est guillotinée
Le jour de sa condamnation et après seulement deux jours de procès, Marie-Antoinette est guillotinée le 16 octobre 1793, place de la Révolution.
26 octobre 1793 - Couthon commence la destruction de Lyon
Georges Couthon, un ami fidèle de Robespierre, est envoyé à Lyon pour mater la révolte et démolir les quartiers au centre des émeutes. En tant que membre du Comité de la sécurité publique, Couthon est chargé d'organiser la répression. Mais il ne peut se résoudre à appliquer le décret de la Convention et il est finalement remplacé.
6 novembre 1793 - Philippe-Egalité meurt sur l'échafaud
Accusé de vouloir restaurer la monarchie, Philippe-Egalité est guillotiné fin 1793. Le Duc d'Orléans était pourtant un fervent révolutionnaire qui n'avait pas hésité à voter pour la mort de son cousin, Louis XVI. Louis-Philippe Joseph d'Orléans avait même pris le nom de Philippe-Egalité en 1792. Il est incarcéré à Marseille dès le mois d'avril. Son fils, Louis-Philippe Ier, deviendra roi durant la Monarchie de Juillet.
10 novembre 1793 - Notre-Dame de Paris, temple de la Raison
Notre-Dame de Paris est convertie en temple de la Raison afin d'accueillir le culte de l'Etre suprême. Cette nouvelle religion a été fondée par les déistes pour incarner la République et ses valeurs. Elle doit, selon la Convention, remplacer le culte catholique.
24 novembre 1793 - La publication du calendrier révolutionnaire
Le calendrier républicain ou calendrier révolutionnaire est mis en place le 24 novembre 1793. Il comprend des semaines de dix jours et des mois de trente jours qui portent des noms évoquant les saisons (comme brumaire, floréal ou fructidor).
21 janvier 1794 - Les colonnes infernales de Turreau fondent sur la Vendée
Du 21 janvier jusqu'au 17 mai 1794, après l'anéantissement des troupes vendéennes à Savenay, des colonnes incendiaires opèrent sous le commandement du général Turreau. Ces colonnes, vouées à éliminer les derniers foyers insurrectionnels des guerres de Vendée, agissent dans la plus grande terreur, en massacrant la population, détruisant les récoltes et confisquant le bétail. Cette politique de la terre brûlée a été décidée par la Convention pour pacifier la Vendée.
5 avril 1794 - Danton et Desmoulins à l'échafaud
Le 2 avril 1794, le tribunal révolutionnaire juge une quinzaine d'"indulgents" parmi lesquels Georges Danton, Camille Desmoulins, Hérault de Séchelles et Fabre d'Eglantine. Danton est notamment accusé de malversations malgré ses combats aux côtés de Robespierre. Ils sont guillotinés le 5 avril 1794.
7 mai 1794 - Le culte de l'Etre suprême
Le culte de l'Être suprême correspond à une série d'événements durant lesquels des Montagnards déistes se rassemblent autour de fêtes civiques et religieuses. Ce culte, imposé par Robespierre le 7 mai 1794, avait alors pour objectif de mettre à mal le culte de la Raison mis en place à l'automne précédent par des révolutionnaires hébertistes.
10 juin 1794 - La Convention décrète la Grande Terreur
Le 10 juin 1794, l'avocat et homme d'affaires Georges Couthon rédige la loi du 22 prairial sous l'impulsion de Robespierre. Cette loi fait encore monter d'un cran le régime de la Terreur en France, avec la réorganisation du tribunal révolutionnaire. Le but est d'accélérer les procédures en supprimant par exemple la défense et les interrogatoires des accusés C'est le début de la "Grande Terreur".
28 juillet 1794 - Fin de la Terreur et chute de Robespierre
L'instauration de la loi du 22 prairial en juin est la goutte d'eau qui fait perdre à Robespierre tous ses soutiens. Le 27 juillet 1794, Maximilien Robespierre "l'Incorruptible" est arrêté et blessé à la mâchoire par une balle. Il sera guillotiné sur la place publique le lendemain, accompagné de Couthon, de Saint-Just "l'Archange de la Terreur" et d'une vingtaine d'autres partisans montagnards. La Terreur prend fin et la Convention instaure la République thermidorienne, plus modérée. Le club des Jacobins est définitivement fermé.

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