Génocide rwandais : massacre des Tutsi par les Hutu en 1994

Génocide rwandais : massacre des Tutsi par les Hutu en 1994 Le génocide rwandais est un épisode de la guerre civile au Rwanda. Il a été perpétré par l'ethnie Hutu sur les Tutsi, d'avril à juillet 1994, et a fait environ 800 000 victimes.

Résumé du génocide rwandais - Indépendant depuis 1962, le Rwanda, pays d'Afrique de l'Est, s'enfonce dans une guerre civile en 1990. Ce conflit voit s'affronter les Hutu, l'ethnie au pouvoir, et les Tutsi, évincés depuis l'indépendance du Rwanda. Les accords d'Arusha, négociations menées entre 1992 et 1993, ne suffisent pas à arrêter les troubles. Alors que des extrémistes Hutu refusent le retour des Tutsi, le président Juvénal Habyarimana meurt dans un attentat, le 6 avril 1994. Cet événement déclenche le début des massacres de Tutsi, qui durent une centaine de jours, jusqu'au 15 juillet 1994. Il faut attendre la victoire du Front patriotique rwandais (FPR), mené par les Tutsi, pour que les exactions cessent.

Quelles sont les causes du génocide rwandais ?

Les causes du génocide rwandais sont multiples. La première est la division du pays entre les Tutsi et les Hutu. Jusqu'à la moitié du XXe siècle, les colons belges favorisent les Tutsi dans l'accès à l'éducation et aux postes administratifs, ce qui provoque la frustration des Hutu. Mais les velléités d'indépendance des Tutsi incitent les Belges à apporter leur soutien aux Hutu. A la suite de la prise du pouvoir par les Hutu, le Rwanda devient indépendant en 1962. Des milliers de Tutsi fuient vers les pays limitrophes (Burundi, Ouganda et Congo-Kinshasa) pour échapper aux persécutions. En 1963, 8 000 à 12 000 Tutsi restés au Rwanda sont massacrés. 

Dans les années 1980, les exilés Tutsi créent le Front patriotique rwandais (FPR) et préparent leur retour au Rwanda. En 1990, l'APR (Armée patriotique rwandaise), armée du FPR, envahit le Rwanda depuis l'Ouganda : c'est le début de la guerre civile rwandaise. En 1993, les accords d'Arusha prévoient le retour des Tutsi. Néanmoins, des extrémistes Hutu, notamment ceux appartenant au mouvement Hutu Power, refusent les accords. Le 6 avril 1994, le président Juvénal Habyarimana meurt dans un attentat. Les Hutu accusent les Tutsi et décident de massacrer ces derniers ainsi que les Hutu modérés. Pour expliquer le déclenchement du génocide rwandais, il est aussi nécessaire de rappeler que le Rwanda traverse une crise démographique au moment des faits. La surpopulation et le manque de ressources plongent de nombreuses familles dans la misère. Ainsi, certains Hutu estiment que des massacres de Tutsi sont nécessaires pour réduire la population et retrouver un équilibre.

Quelle est la différence entre les Hutu et les Tutsi ?

Les Hutu et les Tutsi sont des groupes de populations vivant dans la région des Grands Lacs, en Afrique. Il s'agit de peuples bantous qui parlent la même langue et pratiquent la même religion. Hutu et Tutsi se marient entre eux, ce qui permet à un Hutu de devenir Tutsi, et vice versa. La différence entre Hutu et Tutsi n'est pas ethnique, mais plutôt socio-professionnelle. En effet, les Tutsi sont principalement éleveurs de bétail et les Hutu cultivateurs. D'autre part, les monarques rwandais, avant l'arrivée des colons européens, sont issus de clans Tutsi, comme les Nyiginya. Au temps de la colonisation, les Allemands puis les Belges entretiennent l'idée d'une supériorité ethnique des Tutsi sur les Hutu. Ils attribuent notamment des caractéristiques physiques spécifiques chez les Tutsi (lèvres minces, nez fin, grande taille) et les considèrent comme plus intelligents. C'est pour cette raison que les Belges s'appuient sur les Tutsi pour administrer le Rwanda, au détriment des Hutu.

Quand et comment s'est déroulé le génocide au Rwanda ?

Photo génocide rwandais
Victime du génocide rwandais © Jean-Marc Bouju/AP/SIPA

Le génocide au Rwanda commence immédiatement après la mort du président Juvénal Habyarimana dans un attentat. En effet, le soir du 6 avril 1994, l'avion présidentiel est touché par un tir de missile et s'écrase non loin de l'aéroport de Kigali. Si les auteurs de cet attentat ne sont toujours pas identifiés aujourd'hui, les extrémistes Hutu accusent les Tutsi. Dans la nuit du 6 au 7 avril 1994, la garde présidentielle et les milices Interahamwe refusent que la Première ministre, Agathe Uwilingiyimana, Hutu modérée, prenne le pouvoir. Après avoir tenté d'appeler au calme lors d'un discours à la radio, la Première ministre et les dix Casques bleus belges, qui étaient affectés à sa protection, sont assassinés. Le 9 avril, un gouvernement provisoire est formé, avec à sa tête Jean Kambanda. Les membres de ce gouvernement sont adeptes du Hutu Power et encouragent l'extermination des Tutsi.

Les appels au meurtre lancés par le gouvernement sont relayés par la Radio Télévision Libre des Mille Collines. Dans chaque village, les miliciens incitent les habitants à éliminer les Tutsi et les Hutu modérés, considérés comme des traîtres. Ainsi, la population Hutu, les milices Interahamwe, Impuzamugambi et l'armée rwandaise, se livrent à des massacres. Les victimes sont tuées à coups de machette, de houe ou de gourdin. Le 4 juillet 1994, le FPR prend Kigali, la capitale du Rwanda. L'armée rwandaise et les milices sont en déroute. Le 17 juillet, le FPR contrôle l'ensemble du territoire, ce qui met un terme au génocide des Tutsi, qui aura duré environ 100 jours.

Combien de morts a engendré le génocide rwandais ?

Selon l'ONU, environ 800 000 Tutsi et Hutu modérés ont été assassinés. Les milices Hutu organisaient des "journées de travail", c'est-à-dire des journées de traque et de massacres. Les Tutsi sont généralement regroupés dans des bâtiments publics pour y être tués. Les milices fouillent les maisons et y tuent ceux qui s'y cachent. Les Hutu dressent aussi des barrages sur les routes pour empêcher les Tutsi de s'enfuir. Ceux qui sont arrêtés sont exécutés sur place. Les auteurs des massacres font preuve d'une rare cruauté, tuant hommes, femmes et enfants. De nombreuses femmes sont violées et des femmes enceintes sont éventrées.

Quel rôle a joué la France dans le génocide rwandais ?

Avant le génocide, la France, dirigée par François Mitterrand, soutient le Rwanda. Pendant la guerre civile, elle apporte une aide militaire aux Forces armées rwandaises (FAR) qui combattent le FPR. Les Français présents au Rwanda ne peuvent ignorer la haine des Hutu envers les Tutsi ainsi que les projets de génocide Tutsi. Malgré les avertissements de certains officiers de l'armée française, la France ne fait rien pour empêcher les massacres. Dès les premières exactions, elle refuse d'accuser le gouvernement rwandais, estimant que les massacres ne sont le fait que d'une minorité d'extrémistes. Le 8 avril 1994, la France lance l'opération Amaryllis, qui permet l'évacuation de 1 400 personnes, dont 600 Français. Alors que les massacres de Tutsi s'amplifient, la France est soupçonnée de continuer à financer le gouvernement provisoire et de livrer des armes aux FAR. Le 22 juin 1994, la France organise l'opération Turquoise, qui doit mettre fin aux massacres. Les militaires français reçoivent l'ordre de laisser les membres du gouvernement rwandais s'enfuir vers le Zaïre. Là encore, le rôle de la France est controversé, certains officiers français affirmant qu'il s'agissait d'une opération de sauvetage du gouvernement hutu.

Quelles sont les conséquences du génocide rwandais ?

L'arrivée au pouvoir de l'APR (Armée patriotique rwandaise) au Rwanda provoque l'exode vers le Zaïre d'un million de Hutu, parmi lesquels se trouvent des génocidaires. Les civils Hutu sont regroupés dans des camps de réfugiés où les conditions sanitaires sont déplorables. Les anciens génocidaires Hutu se réorganisent, lançant des attaques vers le Rwanda depuis les camps de réfugiés du Zaïre. Le Rwanda réplique en intervenant militairement au Zaïre. Il crée une coalition avec d'autres pays africains et soutient les opposants au régime du président Mobutu. Au terme de cette première guerre du Congo, en 1997, Mobutu est renversé par Kabila et le Zaïre devient la République démocratique du Congo. Cependant, la région reste très instable et une deuxième guerre du Congo fait rage de 1998 à 2003. Ces deux conflits entraînent la mort de plusieurs millions de Congolais.

Réfugiés rwandais
Réfugiés rwandais fuyant vers le Zaïre © FACELLY/SIPA

Après la fin des massacres, le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) est créé en novembre 1994 afin de juger les responsables. A l'échelle locale, les gacaca, tribunaux villageois, sont ouverts dès 2002 pour juger ceux qui ont participé au génocide. En 2006, un juge français recommande de poursuivre le président rwandais Paul Kagame, soupçonné d'avoir participé à l'attentat contre Juvénal Habyarimana. Cette décision crée des tensions diplomatiques entre le Rwanda et la France. Celles-ci ne disparaissent qu'en 2021, lorsque le président Emmanuel Macron reconnaît la responsabilité de la France et de François Mitterrand dans le génocide rwandais.

Quels films relatent le génocide au Rwanda ?

Le génocide au Rwanda a inspiré de nombreuses œuvres littéraires et cinématographiques. Au cinéma, on peut citer Lignes de front, réalisé en 2010 par Jean-Christophe Klotz, Shooting Dogs (2005) de Michael Caton-Jones, Hôtel Rwanda (2004) de Terry George, Petit pays (2020) d'Eric Barbier ou encore Mon voisin, mon tueur, film documentaire de 2009 réalisé par Anne Aghion. Parmi les livres sur le génocide des Tutsi, on trouve notamment J'ai serré la main du diable : la faillite de l'humanité au Rwanda (2003), un témoignage de Roméo Dallaire, et la trilogie des Récits des marais rwandais de Jean Hatzfeld (2000, 2003 et 2007).

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