Les Cathares : histoire, dates et définition du catharisme en France

Les Cathares : histoire, dates et définition du catharisme en France HISTOIRE DES CATHARES - Le catharisme, bien qu'il n'ait pas duré longtemps en raison de la violente persécution dont il a fait l'objet, a profondément marqué la culture du Midi de la France. Les châteaux cathares se visitent encore aujourd'hui.

Apparu en Italie et en France entre les Xe et XIIe siècle, le catharisme (religion des Cathares) bénéficie de la protection des seigneurs féodaux du Midi. Mais plus le mouvement prend de l'ampleur, moins les méthodes traditionnelles de conversion employées par l'Église catholique n'ont d'effet. Aussi, à partir de 1209, et pour la première fois, celle-ci lance une véritable croisade à l'intérieur même de la chrétienté. Combats, sièges et massacres s'enchaînent jusqu'en 1229, avant que l'Inquisition ne prenne le relais. Cette lutte contre l'hérésie a donné naissance à l'Inquisition et a permis l'unification des terres occitanes à la Couronne de France. Pourtant, le mouvement cathare ne s'éteindra jamais vraiment, tant les vestiges architecturaux et culturels sont nombreux dans le Midi français.

Le catharisme, l'origine de la religion des Cathares

Le catharisme est né en Orient. Il serait issu des croyances pauliciennes inspirées des Perses, apparues en Asie mineure au cours du VIIe siècle. Les pauliciens auraient ensuite profondément influencé les bogomiles de Bulgarie. Le mouvement manichéen à l'origine du catharisme aurait ensuite atteint l'Italie au cours du Xe siècle, avant de s'étendre au Midi de la France au XIIe siècle. C'est en effet à cette période qu'une assemblée cathare se réunit à Saint-Félix-de-Caraman (1176) pour organiser plus concrètement le culte et mettre en place une véritable Église. Profondément ancrés à Albi, les Cathares seront aussi appelés "albigeois".

La doctrine cathare

Le catharisme s'est développé en France au XIIe siècle, en opposition au catholicisme, comme d'autres mouvements de l'époque, tels que celui des vaudois. Basée sur le christianisme, cette religion critique la richesse ostentatoire et l'abus de pouvoir de l'Église romaine. Les Cathares revendiquent une religion plus proche de la chrétienté primitive respectant l'idéal de vie et de pauvreté du Christ. Cette croyance dualiste repose en fait sur l'existence de deux mondes : l'un est bon et l'autre mauvais. Le premier est le monde invisible des créatures éternelles résultant de la création de Dieu le Père. L'autre est le monde visible, qui est l'œuvre du diable. Le mot "cathare" vient du grec "katharos", qui veut dire "pur". Les adeptes du catharisme se nommaient d'ailleurs eux-mêmes "Bons Hommes" ou "Bons Chrétiens", tandis que les inquisiteurs les nommaient "Parfaits", désignant ainsi ceux qu'ils considéraient comme de "parfaits hérétiques".

La croisade des albigeois

La religion cathare est rapidement considérée comme une hérésie par l'Eglise romaine, qui l'estime encore plus dangereuse que les infidèles juifs et musulmans, car elle va jusqu'à remettre en cause la religion catholique. Les catholiques tentent tout d'abord de les convertir par la prédication. C'est à cette époque que sont construites les abbayes cathares (Lagrasse, Fontfroide, Saint-Hilaire…). Mais les Cathares étant difficiles à convaincre et leurs croyances prenant de plus en plus d'ampleur, l'assassinat du prélat Pierre de Castelnau, envoyé du Pape, est un prétexte pour lancer la croisade contre les Albigeois. Le mouvement armé contre les hérétiques a tout d'abord été lancé contre les Trencavel, comtes d'Albi, de Carcassonne et de Béziers. Cette croisade, qui va durer vingt ans (1209-1229), mêle guerre de religion et conflit politique. En effet, bien que le roi Philippe-Auguste refuse de s'engager, des milliers de barons et chevaliers y sont favorables, attirés par les richesses du Midi de la France. En 1209, le massacre de Béziers marque ainsi le début des affrontements. Après le siège de Carcassonne, la même année, Simon de Montfort est nommé à la tête de la croisade. Il meurt en 1218, lors du siège de Toulouse. Dès 1226, le roi Louis VIII, qui a succédé à Philippe-Auguste en 1223, prend part à la croisade, tandis que Raymond VII, comte de Toulouse et fils du précédent, rassemble autour de lui les résistants cathares. Finalement, le comte de Toulouse, excommunié et affaibli, est contraint de signer le traité de Paris avec Blanche de Castille en 1229, pour mettre fin à la croisade. Il destine ainsi ses terres à devenir possession de la Couronne.

La fin du catharisme, religion cathare

En 1233, l'Eglise adopte une nouvelle stratégie : les hérétiques sont jugés par les tribunaux de l'Inquisition, aux mains des dominicains. Les enquêtes menées au cours des XIIIe et XIVe siècles réduisent ainsi considérablement le nombre de Cathares. Par ailleurs, les menées inquisitoriales sont facilitées par la doctrine cathare qui interdit à ses fidèles de mentir. Un autre coup fatal est porté aux hérétiques avec la reddition de la forteresse de Montségur en 1244, qui était le siège de la hiérarchie. Le dernier "parfait" connu est Guilhem Bélibaste, mort sur le bûcher en 1321 à Villerouge-Termenès. Le mouvement cathare possède une importance dans l'histoire française. En l'espace de deux siècles, il a suffi à déclencher la croisade des albigeois au sein même de la chrétienté et a conduit à l'annexion du Midi au royaume de France. Il a aussi été en partie à l'origine de l'Inquisition française et a laissé derrière lui une influence culturelle et architecturale considérable.

Les grandes dates du catharisme

1176 : Assemblée cathare à Saint-Félix-de-Caraman
Les Cathares se réunissent à Saint-Félix-de-Caraman, près de Toulouse, sous la direction de l'évêque Nicétas de Constantinople. Provenant d'Asie mineure, le mouvement cathare s'est étendu progressivement à la Bulgarie avec les bogomiles, puis en Italie avec les patarins avant de s'ancrer dans le sud de la France. Ce concile des hérétiques permet de définir précisément le culte, de l'organiser et de mettre en place une véritable Église cathare. Ainsi, le catharisme, tel qu'on l'appellera plus tard, prend encore plus d'ampleur dans le midi de la France.
25 mars 1199 : L'Inquisition est annoncée par la bulle "Vergentis in senium"
Avec sa bulle "Vergentis in senium", le Pape Innocent III met en place une nouvelle procédure de lutte contre l'hérésie. Depuis 1139 et le deuxième concile de Latran, l'Eglise a fait de la lutte contre les hérétiques une de ses préoccupations majeures. En effet, l'essor des mouvements manichéens, ces religions qui croient en l'existence d'un monde du Bien et d'un monde du Mal (celui du Diable), tels que les Cathares, sont un risque pour l'unité sociale des pays. Cette bulle établit les bases de l'Inquisition en annonçant l'envoi de religieux dans la région d'Albi.
15 janvier 1208 : Assassinat de Pierre de Castelnau
Chargé de combattre l'hérésie albigeoise (cathare), Pierre de Castelnau est assassiné peu de temps après un rendez-vous avec Raymond VI, comte de Toulouse. Les deux hommes, en conflit depuis l'excommunication du comte par le légat pontifical, s'étaient rencontrés dans le but de se réconcilier. Mais l'entrevue n'a fait qu'envenimer la situation, puisque Raymond VI refuse de participer à la lutte contre les hérétiques. Soupçonné d'être responsable du meurtre, il est une nouvelle fois excommunié. L'assassinat du légat pontife déclenche peu de temps après la croisade contre les albigeois.
22 juillet 1209 : Le massacre de Béziers
L'armée des croisés, menée par le représentant du pape Arnaud Amaury (ou Arnaud Amalric) et le chef Simon de Monfort, est chargée par le pape Innocent III de mettre un terme à la religion cathare. Elle prend la ville de Béziers, qui est mise à sac et dont les habitants sont tous massacrés. Pourtant majoritairement catholique, Béziers protégeait les Cathares de sa communauté. Souhaitant éviter de faire des victimes innocentes, les croisés auraient demandé au légat du pape comment reconnaître les hérétiques. Il aurait répondu : "Tuez les tous ! Dieu reconnaîtra les siens !". La croisade contre les albigeois durera vingt ans. Après ce massacre, les Cathares s'organisent et finissent même par reconquérir certains de leur territoire, jusqu'à ce que leur chemin croise celui de l'armée royale. La croisade des albigeois n'éliminera pourtant pas complètement le catharisme. C'est l'Inquisition qui prend le relais et met fin au mouvement hérétique.
15 août 1209 : Trencavel capitule à Carcassonne 
Peu de temps après le massacre de Béziers, le vicomte Raimond-Roger Trencavel essuie une défaite cuisante à Carcassonne devant les croisés, commandés par Simon de Montfort. Les Cathares, aussi nommés albigeois, font l'objet d'une croisade sans scrupule de l'Église contre l'hérésie. C'est une véritable guerre entre le nord et le sud de la France qui a éclaté.
12 septembre 1213 : Bataille de Muret 
Dirigés par Simon de Montfort, les croisés poursuivent leur lutte contre les albigeois (Cathares) et atteignent la commune de Muret. Après avoir mis à sac Béziers et s'être emparée de Carcassonne, l'armée du nord n'a guère de difficulté à vaincre le roi d'Aragon, Pierre II.
Juin 1215 : La croisade contre les albigeois à Toulouse 
L'armée des croisés de Simon de Montfort fait son entrée à Toulouse, tandis que le comte Raymond VI, protecteur des albigeois (Cathares) s'est enfui en Angleterre. Quelques mois plus tard, au IVe concile du Latran, Simon de Montfort se fera attribuer les terres de son ennemi.
30 novembre 1215 : Quatrième concile du Latran
Lors de la quatrième et dernière séance du concile du Latran, le pape Innocent III et le concile œcuménique prennent des décisions radicales face à l'hérésie. Ainsi, les religions des Cathares et des Vaudois sont condamnées. Il est interdit de créer de nouveaux ordres religieux. La discrimination du peuple juif est approuvée. La "transsubstantiation" fait son apparition et une nouvelle croisade est décidée. Toutefois, c'est le successeur d'Innocent III, le pape Honorius III, qui l'organise deux ans plus tard. Elle se termine par un échec.
25 juin 1218 : Simon de Montfort tué par une pierre 
Toulouse se révolte contre Simon de Montfort et le pousse hors des murs. Ce dernier entreprend alors le siège de la ville pour soumettre les habitants révoltés. C'est alors qu'une lourde pierre s'abat sur sa tempe et le tue sur le coup. Son armée de croisés se disperse aussitôt. Son fils, Amaury, reprend le combat mais sera écrasé par Raymond VII, successeur de Raymond VI, qui récupérera ses terres.
12 avril 1229 : La croisade des albigeois prend fin
La régente Blanche de Castille, mère de Louis IX, finit par obtenir la signature d'un traité avec le comte de Toulouse, Raymond VII. Le traité de Paris met ainsi fin à la croisade contre les albigeois débutée en 1209. Par cet accord, le comte est contraint d'abandonner une partie de ses terres au profit du royaume de France. Il garde malgré tout le comté de Toulouse et le Lauragais. De plus, son héritière Jeanne de Toulouse est dans l'obligation d'épouser Alphonse de Poitiers, frère cadet du roi. Ainsi, à la mort du comte, la couronne récupérera l'ensemble des territoires.
20 avril 1233 : L'Inquisition est lancée en France

La lutte contre les hérétiques  n'est désormais plus assumée par les évêques sur les territoires français. Le pape Grégoire IX annonce que cette tâche est confiée aux Dominicains, l'ordre des Frères prêcheurs fondé par Dominique de Guzman. L'Inquisition possède ainsi des pouvoirs qui lui sont propres afin de convertir les Cathares. Toulouse, Montpellier ou Lyon sont des lieux stratégiques du sud de la France investis par ce nouvel ordre. Après la croisade contre les albigeois, les tribunaux de l'Inquisition représentent une nouvelle forme de répression des Cathares en France. Les Dominicains n'hésiteront d'ailleurs pas à faire usage du bûcher.

16 mars 1244 : Capitulation des Cathares à Montségur

Depuis des mois, les Cathares, qui occupent le château de Montségur, près des Pyrénées, survivent malgré le siège réalisé par l'armée des croisés de Saint Louis et l'Inquisition. Ils perdent leur avantage lorsqu'un paysan révèle l'emplacement d'un passage secret menant à la forteresse. L'armée prend le château et les Cathares capitulent. Les hérétiques sont faits prisonniers et près de 200 d'entre eux sont brûlés vifs au pied des remparts de la forteresse. Ce bûcher est connu sous le nom de "Prat des cramats" (Pré des brûlés). Les autres détenus sont envoyés à Bram et pris en charge par le tribunal de l'Inquisition.

27 septembre 1249 : Mort de Raymond VII 
Raymond VII, comte de Toulouse et principal défenseur de la cause cathare, meurt et laisse ses terres à son gendre héritier, Alphonse de Poitiers. À la mort de ce dernier, en 1271, le comté de Toulouse revient directement à la Couronne de France. L'épisode du château de Montségur en 1244, la mort du comte de Toulouse puis d'Alphonse de Poitiers, sont autant d'événements qui marquent la décadence, puis la disparition de l'Eglise cathare en France.
13 février 1278 : Les Cathares de Vérone sont envoyés au bûcher

Le tribunal de l'Inquisition est alors à son apogée et a souvent recours aux bûchers et à la torture. A Vérone, c'est 200 Cathares qui sont brûlés vivants dans l'un des pires épisodes de l'Inquisition.

24 août 1321 : Exécution du dernier parfait cathare occitan 
Guilhem Bélibaste, dernier "parfait" cathare occitan connu, meurt sur le bûcher au pied du château de Villerouge-Termenès. Ayant assassiné un berger pour éviter d'être dénoncé, Bélibaste avait passé sa vie à fuir. Bien qu'il n'ait pas respecté scrupuleusement les règles de vie cathares, il n'en est pas moins le dernier représentant connu. Avec lui s'éteint l'Église cathare occitane.