Révolution de 1848 : résumé, causes, conséquences de la révolte

Révolution de 1848 : résumé, causes, conséquences de la révolte RÉVOLUTION DE 1848 - Alors que la France a retrouvé un régime monarchique avec Louis-Philippe, la révolution de février 1848 met un terme définitif à la royauté française. La monarchie de Juillet laissera la place à la Deuxième République.

Résumé de la révolution de février 1848 - Au cœur d'un XIXème siècle tourmenté, la Révolution de février 1848 marque une rupture nette dans la politique française puisqu'elle abouti à la fin de la monarchie en France. Après les épisodes révolutionnaires et napoléoniens, la France demeure instable et est de plus en plus rétive aux régimes de compromis. Ainsi, après avoir mis un terme à la Restauration lors des Trois Glorieuses, la population française se soulève fin février 1848 pour abattre la monarchie de Juillet. Au cœur d'une Europe mise en pleine effervescence par le printemps des peuples, la France affirme sa préférence pour la République qu'elle proclame le 24. Le régime de Louis-Philippe, comme celui de Charles X dix-huit ans plus tôt, s'écroule sans véritable résistance.

Quelles sont les causes de la révolution de février 1848 ?

Louis-Philippe
Portrait de Louis-Philippe © MARY EVANS/SIPA

Les germes de la révolution de 1848 remontent au jour même de la naissance de la monarchie de Juillet, en 1830. Le retour à l'Ancien Régime, imposé par les grandes puissances européennes, a été désavoué par les Trois glorieuses, mais un retour à la République suscite la méfiance parmi les politiques et la grande bourgeoisie. Finalement, le trône accueille un nouveau roi dans un nouveau régime. Louis-Philippe d'Orléans acquiert ainsi la couronne d'une monarchie parlementaire régie par suffrage censitaire. Autrement dit, la monarchie de Juillet apparaît comme un régime de compromis quelque peu improvisé. Ni de droit divin, ni issue des revendications des révolutionnaires, elle semble le fruit d'une "révolution confisquée" et souffre d'un déficit de légitimité.

Dès sa naissance, la monarchie de Juillet est victime de troubles politiques à caractère insurrectionnel. Ainsi, la révolte des canuts à Lyon est matée dans le sang dès novembre 1831. Le 5 juin 1832, les obsèques du général Lamarque provoquent une insurrection républicaine et la mort de 800 personnes. En avril 1834, Lyon réactive la révolte tandis que le massacre de la rue Transnonain à Paris échauffe les esprits… Toutefois, faute de soutien populaire massif, ces émeutes ne sont pas en mesure de faire vaciller le pouvoir. Symbole de ces troubles, Louis-Philippe échappe à cinq attentats le temps de son règne. La politique menée par Louis-Philippe Ier qui s'entoure de ministres banquiers est avant tout axée sur le développement économique. Cependant, les progrès de l'industrialisation ne profitent pas aux classes les plus pauvres et notamment à la classe ouvrière naissante, la "classe laborieuse". Celle-ci rime d'ailleurs avec "dangereuse" pour les bourgeois au pouvoir, et ceux jusqu'à la fin du XIXème siècle. A la tête du parti conservateur et du gouvernement depuis 1840, le président du Conseil, François Guizot proclame "Enrichissez-vous", pariant sur l'augmentation général du niveau de vie. Pourtant, la misère s'accroît, et avec elle le mécontentement.

La campagne des banquets contre la crise économique et sociale

François Guizot est parvenu à restaurer un peu de calme dans le pays, mais son conservatisme exaspère une partie de l'opinion. Il refuse notamment de baisser le cens qui permet de limiter le parc d'électeurs à la grande bourgeoisie. De surcroît, en 1846, la situation économique se dégrade en Europe comme en France. Les récoltes de blé sont mauvaises tandis qu'une maladie détruit les récoltes de pommes de terre. Au mécontentement politique s'ajoute le mécontentement économique. Or, comme pour les réformes électorales demandées par l'opposition, Guizot fait la sourde oreille aux propositions susceptibles d'améliorer la situation. Celui que l'on nomme le "maître d'école" (en référence à la création des écoles primaires) fait de surcroît peser une chape sur les libertés d'expression. Pour contourner cette interdiction, les républicains organisent des banquets à partir du 9 juillet 1947. L'objectif est d'évoquer les réformes possibles dans un cercle assez fermé. Progressivement, ces banquets (environ 70) attirent de plus en plus de participants. Au terme de ces rassemblements, les républicains présentent leurs requêtes au pouvoir, qui les ignore superbement.

La révolte se déroule principalement à Paris

François Guizot
Portrait de François Guizot © MARY EVANS/SIPA

L'opposition décide de l'organisation d'un grand banquet le 19 février à Paris. Le préfet l'interdit le 14 février. Les organisateurs le reportent au 22 février tandis que le quotidien Le National appelle les Parisiens à manifester ce même jour. Le 21, François Guizot s'oppose à ce banquet et certains républicains reculent. Mais le 22, des centaines d'étudiants bravent l'interdiction et manifestent dans les rues de Paris. Après avoir rejoint les ouvriers, ils continuent à défiler, ce qui provoque quelques incidents et l'occupation militaire de Paris. Malgré la mort d'une personne, les autorités ne s'inquiètent guère de ces événements. Cependant, le refus de la Garde nationale de disperser les émeutiers est un signe assez fort. Le lendemain, les troubles redoublent d'intensité, les manifestants réclament la démission de Guizot et la réforme du code électoral. La Garde nationale, jusque-là fidèle au pouvoir, vacille du côté de l'opposition et la deuxième légion crie "Vive la réforme !". Louis-Philippe cède et renvoie François Guizot qui est alors remplacé par Louis Molé. En réalité, c'est Adolphe Thiers qui gère dorénavant la situation.

Au soir du 23 février, la rue fête sa victoire et le pouvoir semble avoir sauvé la situation à moindre frais. Cependant, la tension reste vive tant le mécontentement est profond. Un groupe de manifestants décide d'aller huer Guizot sous sa fenêtre. Mais, boulevard des Capucines, la situation dégénère : interprétant l'attitude des manifestants comme menaçante, un bataillon ouvre le feu. La cinquantaine de corps qui gît dans la rue est ramassée et disposée dans des charrettes. Toute la nuit, elles vont parcourir la capitale, réveillant le dégoût pour le pouvoir en place. Cet épisode est appelé "la promenade des cadavres". Les armureries sont dévalisées et, au petit matin, Paris est couverte de barricades.

Qui a succédé à Louis-Philippe Ier ?

Fuite de Louis-Philippe
Fuite de Louis-Philippe le 24 février 1848 © François Guizot

En une nuit, la manifestation s'est muée en une véritable insurrection. Louis-Philippe ne dispose plus de gouvernement et refuse de réprimer cette révolution dans le sang. Il abdique le 24 février au profit de son petit-fils, le comte de Paris. Celui-ci n'a que neuf ans et c'est la duchesse d'Orléans qui doit assumer la régence. Mais les révolutionnaires ne veulent pas d'un nouveau 1830 et ils s'emparent du Palais-Bourbon. Sous la direction d'Alphonse de Lamartine, un gouvernement provisoire est formé. Le 25 février, Lamartine annonce à la foule amassée devant l'Hôtel de ville la proclamation de la République. Formé d'une alliance entre les républicains libéraux et les démocrates socialistes, le gouvernement engage de nombreuses réformes tandis que la population fête l'événement. Liberté de la presse, suffrage universel, droit au travail, suppression de l'esclavage et de la peine de mort pour délit politique sont annoncés dans un climat d'euphorie. Toutefois, on refuse d'adopter le drapeau rouge associé à la Terreur.

Quelles sont les conséquences de la révolution de février 1848 ?

Derrière le poète romantique Lamartine, toute la France semble soudain adhérer à la République. C'est "l'Illusion lyrique". Illusion, car rapidement le climat se dégrade et voit s'opposer républicains et extrême gauche tandis que les conservateurs reviennent aux avant-postes. Après des élections favorables aux modérés et aux monarchistes le 25 avril, Auguste Blanqui tente un coup de force le 15 mai 1848. Mais le coup le plus dur vient au mois de juin 1848 avec l'insurrection des Ateliers nationaux. La répression, violente, fait des milliers de morts chez les insurgés (peut-être 5 000) et près de 900 dans l'armée. A titre de comparaison, la révolution de février a coûté la vie à environ 350 personnes… En décembre, Louis-Napoléon Bonaparte obtient la présidence et Lamartine 1% des voix. En 1849, l'assemblée devient monarchiste. L'Illusion lyrique est passée : le peuple a choisi le retour à un ordre bourgeois qui diffère peu de la monarchie. D'ailleurs, dès 1852, la IIème République laissera place au Second Empire.

Sans effusion de sang, la France répète les Trois Glorieuses et se débarrasse d'un régime qui a souffert d'une absence profonde de légitimité. Trop rigide et sûr de son bon droit, il s'effondre sans véritable résistance en seulement quelques jours. Le peuple fête alors la République et croit en ses principes. Mais rapidement, de nouvelles limitations apparaîtront concernant la liberté de la presse et le suffrage universel tandis que le droit au travail sera vite abandonné. La France n'est pas encore prête à se stabiliser politiquement. Toutefois, la monarchie ne sera jamais rétablie. 1848 aura par ailleurs été une année de révolutions : les difficultés économiques aidant, les mouvements révolutionnaires ne se limitent pas à la France. Autriche, Hongrie, Italie et Allemagne connaissent également des troubles. C'est le printemps des peuples.

La chronologie des événements de 1848

9 juillet 1847 - Lancement de la campagne des banquets
Contournant l'interdiction de réunion et d'association, les Républicains décident d'organiser une campagne d'environ 70 banquets. Face à l'immobilisme du conservateur Guizot, les Républicains souhaitent organiser des discussions portant sur la réforme du régime et notamment du droit de vote. C'est ainsi que se tient le premier banquet sous la houlette de Odilon Barrot, le 9 juillet à Paris. La campagne touche environ 17 000 personnes pour se clore fin décembre. Mais le roi et Guizot refusent de tenir compte des revendications républicaines et libérales. Campant sur leur position, ils provoquent la révolution de février 1848.
14 février 1848 - Le banquet parisien interdit par le préfet
Le banquet prévu le 19 février à Paris en signe de protestation contre l'immobilisme du roi et de son gouvernement est interdit par le préfet de Paris. Les organisateurs décident de repousser le banquet au 22 février et appellent les Parisiens à venir en masse pour manifester.
21 février 1848 - Guizot réaffirme l'interdiction pesant sur le banquet
Guizot réaffirme qu'il s'oppose à l'organisation du banquet qui a été repoussé au 22 février. Mais, pour beaucoup de Républicains, il est trop tard pour faire marche arrière et Odilon Barrot pense que les Parisiens viendront en masse manifester leur mécontentement.
22 février 1848 - Les parisiens se révoltent
Une immense manifestation est organisée de la Madeleine au Palais-Bourbon. Elle est menée par Odilon Barrot, Louis Blanc et Lamartine notamment. Des incidents éclatent rapidement et un manifestant décède. La Garde nationale refuse d'obéir aux ordres et rejoint le peuple en colère. Le roi Louis-Philippe Ier abdique le 24 février 1848. Il désigne pour successeur le comte de Paris, son petit-fils. Cette nouvelle ne rassure pas les insurgés qui poursuivent leur rébellion jusqu'à la proclamation de la République.
23 février 1848 - Guizot poussé vers la sortie
Face à la situation insurrectionnelle, Louis-Philippe cède à la rue et décide de renvoyer Guizot. Mais les affrontements de la nuit rendront cette solution insuffisante.
24 février 1848 - Naissance de la Deuxième République
Après trois jours de révoltes, les 22, 23 et 24 février, Louis-Philippe abandonne le trône à son petit-fils et prend la fuite vers l'Angleterre. Le tout jeune souverain est rejeté par la Chambre des députés. Un gouvernement provisoire est instauré avec Lamartine, Dupont de l'Eure, Arago, Ledru-Rollin, Garnier-Pagès, Crémieux et Marie. Leur première mesure est de mettre en place la Seconde République. L'euphorie gagne le pays et embrase l'Europe le temps de quelques mois. 
27 février 1848 - Ouverture des Ateliers nationaux
Trois jours après l'instauration de la IIème République, le nouveau gouvernement, sous la pression de Louis Blanc, décide d'ouvrir des Ateliers nationaux destinés à résorber le chômage en employant des ouvriers sans travail. Près de 100 000 personnes s'inscrivent au bureau d'embauche. Un programme de grands travaux est lancé à Paris avec la construction des gares Montparnasse et Saint-Lazare. Les Ateliers nationaux, insuffisants et mal organisés, deviendront un vivier de militants révolutionnaires. Ils seront dissous le 21 juin 1848, entraînant une insurrection sanglante.
2 mars 1848 - Le suffrage universel est proclamé
La France devient le premier pays à déclarer le suffrage universel masculin. Celui-ci s'appliquera dès les élections du 25 avril. Dès 1850, sous la présidence de Louis-Napoléon Bonaparte, la loi électorale sera modifiée de manière à limiter le vote des ouvriers tandis que la liberté de la presse sera fortement restreinte.
13 mars 1848 - Révolution de Vienne
La révolution ayant lieu en France au mois de février 1848 incite les révolutionnaires autrichiens à se soulever. Le 13 mars 1848, de nombreux ouvriers et paysans manifestent dans la ville de Vienne et provoquent une grande révolte. Le gouvernement dirigé par Metternich prend la fuite. L'empereur d'Autriche, Ferdinand Ier, quant à lui, accepte de mettre en place une Constitution dans le pays ainsi que d'accorder la liberté de la presse.
18 mars 1848 - Le Printemps des peuples gagne Berlin
La fièvre révolutionnaire apparue en France au mois de Février, après avoir gagné l'Autriche, met en difficulté le Royaume de Prusse. Un affrontement sanglant éclate à Berlin entre les troupes et le peuple qui réclame une libéralisation du régime. Face à l'inaction des princes, Frédéric-Guillaume IV promet dès le lendemain de retirer ses troupes de Berlin. Toutefois, le conflit se poursuit après l'échec des discussions avec l'Assemblée et l'état de siège est instauré à Berlin.
23 avril 1848 - Premières élections au suffrage universel
La France est le premier Etat à adopter le suffrage universel masculin. Suite à la Révolution de février 1848 et l'abdication du roi Louis Philippe, le suffrage universel est proclamé le 2 mars 1848. Tous les Français de plus de 21 ans sont appelés à élire une Assemblée constituante. Celle-ci vote la Constitution de la IIème République le 4 novembre 1848. Louis-Napoléon Bonaparte provoque un coup d'Etat le 2 décembre 1851 afin de rétablir l'Empire.