L'abbé Pierre : biographie courte, dates, citations

BIOGRAPHIE DE L'ABBE PIERRE - L'abbé Pierre est né le 5 août 1912 à Lyon (France). Il est mort le 22 janvier 2007 à Paris (France).

Biographie courte de L'abbé Pierre - Tout le monde se souvient de l’hiver 54 et de l’appel à "l’insurrection de bonté" lancé par cet homme à la soutane et au regard généreux. Né au début du siècle, l’abbé Pierre a consacré sa vie et son énergie à lutter contre la misère. Fondateur des Compagnons d’Emmaüs, il est le symbole du don et de la charité, et reste à jamais gravé dans le cœur des Français.

Ses premiers pas de religieux

Henri Grouès, de son vrai nom, est né en 1912 au sein d’une famille aisée dont la ferveur catholique ne pouvait que le pousser sur la voie religieuse. Il grandit ainsi, entouré de ses sept frères et sœurs, jusqu’au jour où il se rend à Assise, en Italie. Alors âgé de 15 ans, le voyage apparaît comme une véritable révélation pour lui.

Persuadé de sa vocation religieuse, il étudie auprès des jésuites, puis rejoint les Capucins en 1931, juste après avoir renoncé à son héritage. Henri Grouès est ordonné prêtre en 1938 puis, alors que la Seconde Guerre mondiale éclate, il est nommé vicaire à la cathédrale de Grenoble.

De la résistance à la politique

À partir de 1942, Henri Grouès, toujours attentif à la misère, prend une part active à la résistance. Au lendemain de la rafle du Vel’d’Hiv, il s’efforce d’apporter son aide aux juifs rescapés. Son rôle consiste alors à les faire passer, eux et les résistants, à l’étranger. Avec courage et sans douter, il participe à la création de maquis, notamment dans le Vercors et permet à nombre de jeunes individus d’échapper au STO (Service du travail obligatoire).

Agissant dans la clandestinité, Henri Grouès est contraint de prendre de multiples identités, parmi lesquelles celle de l’abbé Pierre, qu’il conservera le reste de sa vie. Mais la Gestapo le poursuit, le contraignant à fuir la France. Il se rend d’abord en Espagne avant de rejoindre Alger, où il rencontre le général De Gaulle en 1943.

L’année suivante, il retrouve le territoire français et devient aumônier dans la Marine. Considéré comme l’un des grands représentants de la Résistance, on le pousse à entrer en politique. Ainsi, de 1945 à 1951, il est député de Meurthe-et-Moselle, dans le camp du MRP (Mouvement républicain populaire), puis dans celui de la Gauche indépendante.

Emmaüs et la lutte contre la pauvreté

Après avoir risqué sa vie durant la guerre, l’abbé Pierre entreprend un nouveau combat, cette fois-ci contre la misère. En fondant le mouvement Emmaüs en 1949, il veut venir en aide aux sans-abri et aux plus démunis. En 1951, libéré des contraintes de la vie politique, qui ne semble d’ailleurs pas l’avoir satisfait, il peut consacrer toute son énergie aux compagnons d’Emmaüs. L’objectif du mouvement consiste alors à récupérer divers objets dans le but de les revendre. Les bénéfices permettent de construire des logements provisoires.

Ce n’est toutefois qu’en 1954 que le mouvement prend une ampleur considérable. Au cours de l’hiver – particulièrement glacial cette année-là – une femme meurt dans la rue. Scandalisé, l’abbé Pierre lance aussitôt un appel médiatique qui va susciter un immense élan de générosité parmi les Français. Après l’événement, une loi interdira aux propriétaires d’expulser les locataires non solvables en hiver et de nombreux logements seront construits. Quant à l’association Emmaüs, elle ne cessera de se développer.

Une aura et une popularité immense

Désormais, l’abbé Pierre est profondément ancré dans le cœur des Français. Tantôt dans l’ombre, tantôt sous les projecteurs, il alimente sans cesse sa popularité et vit lui-même dans un confort très limité. Il voyage beaucoup, notamment pour Emmaüs, et rencontre plusieurs grandes personnalités, telles qu’Eisenhower, Mohammed V ou encore Nehru. En France, étant donné sa notoriété, nombreux sont les hommes politiques qui redoutent son franc-parler et son courage.

En 1980, l’abbé Pierre obtient le titre d’Officier de la Légion d’honneur, en matière de droit de l’homme. À partir de l’hiver 1984, il reprend de plus belle la lutte contre la misère. Malgré sa santé fragile, il est de tous les combats contre la faim et le froid, agissant pour la sauvegarde ou le rétablissement de la dignité humaine. En 1987, cette détermination lui vaut d’être fait Commandant de la Légion d’honneur pour ses actions en faveur du logement.

Jusqu’au dernier souffle

En plus de ses nombreuses actions (jeûne pour les "déboutés du droit d’asile" en 1991, défense des harkis, rencontre du Dalaï Lama), l’abbé Pierre prend le temps de se retirer pour écrire (Testament, 1994 ; Mémoire d’un croyant, 1997). En 1996, apportant toujours son opinion dans les domaines politique et culturel, il soutient le livre à tendance négationniste de son ami Roger Garaudy. La foudre des médias et de l’autorité ecclésiastique s’abat aussitôt sur lui. Il est même exclu de la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme).

Cet épisode malheureux, qu’il vit avec un certain sentiment d’injustice, est toutefois vite oublié. En février 2004, une voix familière s’élève de la place du Trocadéro, à Paris, pour appeler à la solidarité. Cinquante ans après son premier appel, l’abbé Pierre, malgré la vieillesse et la fatigue, est toujours là pour défendre les millions de démunis. Six mille personnes assistent à son discours. Quelques mois plus tard, Jacques Chirac lui remet le plus haut insigne de la Légion d’honneur, celui de Grand Croix de l’Ordre de la Légion d’honneur.

À 94 ans, l’abbé Pierre s’éteint à Paris, des suites d’une infection pulmonaire. Il laisse dans son sillage une vie de combats sans répit contre la pauvreté et l’injustice. Prêtre, résistant, homme politique et chiffonnier, il reste à jamais le symbole de la solidarité et de la générosité.

L'abbé Pierre : dates clés

5 août 1912 : Naissance de Henri Grouès
Henri Grouès naît au sein d’un milieu chrétien aisé. Il est le cinquième enfant d’une famille qui en comptera huit, et dont le père est un soyeux réputé. Très tôt, ce dernier apprendra à ses enfants les valeurs de la solidarité et du don de soi envers les nécessiteux.
1 janvier 1931 : Henri Grouès renonce à son héritage
Depuis ses 15 ans, Henri Grouès se sent destiné à une carrière ecclésiastique. Depuis quelques années déjà, il étudie auprès des jésuites. Il souhaite désormais intégrer les capucins. Auparavant, il renonce à sa succession et fait don à des œuvres caritatives de tout ce qu’il possède.
14 août 1938 : Il est ordonné prêtre
Après des années passées auprès des capucins, au cours desquelles il a pris le nom de frère Philippe, Henri Grouès est ordonné prêtre. Dès le mois d’avril 1939, il sera choisi pour être vicaire de Grenoble.
1 janvier 1942 : Henri Grouès se porte au secours des Juifs
Au lendemain de la terrible rafle du Vélodrome d’Hiver, Henri Grouès vient en aide aux juifs rescapés. Il les protège, fabrique de faux papiers avant de leur faire passer la frontière suisse. Largement engagé dans la Résistance française, il prendra diverses identités, dont celle de l’abbé Pierre, et apportera une aide précieuse à de nombreux juifs, de résistants et de réfractaires au STO (Service du travail obligatoire). Il ira même plus loin en participant à la création du maquis du Vercors.
1 mai 1944 : Arrêté par les Allemands
À cause de ses actions pour la Résistance, l’abbé Pierre est intercepté par la Gestapo. Il parvient toutefois à s’enfuir et doit se rendre à l’étranger. D’abord passé en Espagne, il arrivera à Alger, où il rencontrera Charles De Gaulle en juin 1943.
1 septembre 1949 : Fondation d’Emmaüs
L’abbé Pierre recueille dans son auberge de Neuilly-Plaisance un homme désespéré et au bord du suicide, Georges Legay. Celui-ci lui demande son aide mais l’abbé Pierre ne possède rien. Aussi lui propose-t-il plutôt de consacrer sa vie à aider les autres plutôt que de la détruire. L’homme sera le premier compagnon d’Emmaüs. Ensemble, ils organiseront le mouvement. Rapidement, plusieurs compagnons y prendront part et auront l’idée de récupérer des objets usés pour les revendre. Les fonds serviront alors à la construction d’abris provisoires.
1 janvier 1952 : L’abbé Pierre joue à Quitte ou double
Afin d’obtenir des fonds pour le mouvement Emmaüs, l’abbé Pierre participe au jeu "Quitte ou double". Il parvient à remporter 254 000 francs.
1 février 1954 : Hiver 54 : l'appel de l'Abbé Pierre
Henri Grouès, plus connu sous le nom de l'abbé Pierre, lance un cri d'alarme contre la misère, sur Radio Luxembourg (RTL). Cet appel à "l’insurrection de bonté" intervient juste après le décès d’une femme, morte de froid dans la rue. Cette année-là, l’hiver est particulièrement rigoureux et s’apprête à faire d’autres victimes. Le fondateur d’Emmaüs incite tous les Français à recueillir les sans-logis chez eux, à donner des couvertures, de la nourriture et du temps afin de sauver la vie de dizaine de milliers de personnes. L’appel est entendu et la France assiste à l’un des plus grands élans de générosité de son histoire. Le mouvement aboutira au vote d’une loi interdisant l’expulsion des locataires en hiver. Quant à Emmaüs, l’association prendra de plus en plus d’ampleur et s’étendra sur le monde entier.
1 mai 1969 : Première assemblée mondiale d’Emmaüs
Afin d’établir un lien entre toutes les communautés Emmaüs du monde, l’abbé Pierre organise la première assemblée internationale du mouvement, à Berne (Suisse). Au cours du rassemblement, le Manifeste universel de mouvement d’Emmaüs est adopté.
1 janvier 1981 : L’abbé Pierre Officier de la Légion d’honneur
Au titre des droits de l’homme, l’abbé Pierre obtient le grade d’Officier de la Légion d’honneur.
1 janvier 1984 : La banque alimentaire est née
Le mouvement Emmaüs, l’Armée du Salut et le Secours Catholique lancent la banque alimentaire en France. L’abbé Pierre réagit une fois de plus contre la pauvreté. Cette fois-ci, il s’agit d’une misère liée davantage au chômage qu’au manque de logements.
1 décembre 1987 : Commandeur de la Légion d’honneur
Toutes ses actions en faveur du logement valent à l’abbé Pierre d’obtenir le grade de Commandeur de la Légion d’honneur.
1 mai 1996 : Il est exclu de la LICRA
Pour avoir soutenu "les Mythes fondateurs de la politique israélienne", un livre à tendance négationniste de son ami Roger Garaudy, l’abbé Pierre reçoit la foudre des médias et de l’Église. Il est aussi expulsé du comité d’honneur de la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA). Malgré l’événement malheureux, la popularité du fondateur d’Emmaüs reste intacte.
19 avril 2001 : L’abbé Pierre reçoit la plaque de Grand officier de la Légion d’honneur
1 février 2004 : Nouvel appel de l’abbé Pierre
Cinquante ans après le fameux appel de l’hiver 54, l’abbé Pierre récidive contre une pauvreté toujours présente. Place du Trocadéro, devant plusieurs milliers de personnes, il dénonce l’égoïsme des gens heureux et bien lotis, qui s’appuient sur les autres ou sur l’État pour venir en aide aux démunis. Il invite alors la population à agir.
1 juillet 2004 : L’abbé Pierre Grand Croix de la Légion d’honneur
L’abbé Pierre reçoit la plus grande distinction de l’ordre de la Légion d’honneur, celle de Grand Croix. Jacques Chirac lui remet l’insigne après l’avoir remercier pour son combat au nom de toute la France.
22 janvier 2007 : Mort de l’abbé Pierre
À 94 ans, l’abbé Pierre, fondateur d'Emmaüs, s’éteint des suites d’une infection pulmonaire. La France entière est endeuillée par la perte d’un homme hors du commun. Religieux, résistant, pacifiste, il a consacré sa vie à la défense des droits de l’homme et à la lutte contre la misère et l’inégalité. Son appel à la bonté au cours de l’hiver 54 reste gravé dans toutes les mémoires.

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