Guerre du Péloponnèse : la victoire de Sparte sur Athènes

Guerre du Péloponnèse : la victoire de Sparte sur Athènes La guerre du Péloponnèse oppose la ligue de Délos (Athènes) à la ligue du Péloponnèse (Sparte). Le conflit (431 à 404 av. JC) marque la fin de l'âge d'or de la Grèce antique. Voici son histoire...

Résumé de la guerre du Péloponnèse - Après les guerres médiques qui l'ont opposée à l'Empire perse, Athènes est la puissance dominante du monde grec. Avec les cités-États de la mer Egée et d'Asie Mineure, elle fonde la ligue de Délos en -478 Athènes finit par imposer sa volonté à ses alliés. Face à l'impérialisme athénien, Sparte et la ligue du Péloponnèse lui déclarent la guerre. La guerre du Péloponnèse se déroule de 431 à 404 av. JC. Les Lacédémoniens (Sparte) pénètrent d'abord en Attique, ravageant les cultures, tandis que la flotte athénienne pille les côtes du Péloponnèse. En -421, Athènes et Sparte signent la paix de Nicias. En -415, Athènes organise une campagne militaire en Sicile, mais l'opération tourne au désastre, et le corps expéditionnaire est détruit. Sparte, qui a repris le combat, entame le blocus d'Athènes. Privée de navires après sa défaite à Aigos Potamos, la cité-État est assiégée et capitule en -404. La ligue de Délos est dissoute, et l'empire athénien est démembré. A l'origine de profonds bouleversements, la guerre du Péloponnèse marque la fin de l'âge d'or de la Grèce antique.

Quelles sont les causes de la guerre du Péloponnèse ?

Trière athénienne
Trière athénienne © MARY EVANS/SIPA (publiée le 24/10/2022)

Nourrie par plusieurs crises successives, la guerre du Péloponnèse puise avant tout son origine dans la crainte de l'impérialisme athénien. Au début du Ve siècle av. JC, les deux guerres médiques opposent l'Empire perse à une coalition de cités-États grecques. Menée par Athènes, cette coalition, alliée à Sparte, l'emporte définitivement en 479 av. JC. La ligue de Délos, un regroupement de villes grecques, est fondée en -478. Sous l'autorité d'Athènes, cette alliance militaire a pour objectif de repousser les Perses, et de libérer les Grecs qui leur sont encore soumis. Après le retrait de Sparte et sa victoire sur l'empire achéménide, Athènes assoit sa domination sur la mer Egée. Profitant de sa supériorité maritime et financière, elle impose rapidement son autorité à la majorité des cités adhérentes à la ligue. Celles qui protestent sont forcées à l'obéissance, alors que des colons sont envoyés pour assurer le contrôle de ces territoires.

En -460, les villes de Sparte et de Thèbes s'inquiètent de l'hégémonie croissante d'Athènes, d'autant que la cité fait érigé un mur de protection et renforce sa flotte de guerre. La ligue du Péloponnèse est contrainte d'intervenir. Cet épisode est connu sous le nom de première guerre du Péloponnèse. Les Athéniens battus à Coronée s'empressent de signer la paix de Trente Ans avec Sparte en -446. C'est en raison des termes de ce traité que Corinthe, l'une des plus importantes villes de la Grèce antique, fait appel à Sparte en -433. Cette dernière se voit interdire l'accès aux ports de la ligue de Délos et aux marchés de l'Attique, menaçant gravement son économie. Désespérées, Corinthe, puis Mégare se tournent alors vers l'autre grande puissance régionale, et demandent l'aide de Sparte. La ligue du Péloponnèse répond à leur appel, entraînant cette fois la Grèce tout entière dans le conflit.

Où et quand se déroule la guerre du Péloponnèse ?

La guerre du Péloponnèse dure de 431 à 404 av. JC, et se divise en trois grandes phases.

  • De -431 à -421, les Spartiates dévastent l'Attique, territoire d'Athènes, au cours d'invasions et de raids annuels. La population se réfugie derrière les murs de la ville, mais les maladies font des ravages. En -430, la cité-État est touchée par la "peste d'Athènes", qui emporte une grande partie de ses habitants. En réponse à ces destructions, Athènes envoie sa puissante flotte piller les côtes du Péloponnèse, et remporte plusieurs victoires d'envergure. En -425, elle s'empare de l'île de Sphactérie, et de Pylos, en Messénie. Avec ce succès, elle met fin au mythe d'invincibilité des hoplites spartiates acquis durant les guerres médiques.
  • En -421, épuisées par dix ans de guerre, les deux cités rivales signent la paix de Nicias. Cependant, les alliés de Sparte ne sont pas concernés par ce traité, et continuent le combat : une guerre larvée s'engage. Le conflit reprend en -415, et se déplace de l'autre côté de la mer Ionienne. Les Athéniens y entreprennent une expédition en Sicile afin de soutenir la cité de Ségeste, attaquée par Syracuse. Néanmoins, les défaites s'accumulent, et la campagne militaire tourne au désastre. En -413, l'armée et la flotte athénienne sont entièrement détruites. Parallèlement, les Spartiates recommencent à se battre en Attique et entament le blocus d'Athènes. La guerre ouverte entre les deux cités-États repart de plus belle.
  • De -411 à -404, les affrontements se déroulent alors essentiellement en mer Egée et en Asie Mineure. Après la débâcle de son ennemi en Sicile, Sparte peut désormais rivaliser avec Athènes dans le domaine naval. Alors qu'Athènes remporte des succès à Cynossema et Abydos en -411, Cyzique en -410 ou dans les îles Arginuses en -406, Sparte domine. En -405, les Spartiates écrasent les Athéniens à Aigos Potamos, et s'ouvrent la route de Byzance. Peu après, ils débutent le siège d'Athènes. Encerclée et battue sur terre comme sur mer, la cité capitule en 404 av. JC.
Bataille de Syracuse
Bataille de Syracuse, lors de la désastreuse expédition de Sicile. © MARY EVANS/SIPA (publiée le 24/10/2022)

Quelles cités s'opposent lors de la guerre du Péloponnèse ?

Grèce avant la guerre du Péloponnèse
Carte de la Grèce avant la guerre du Péloponnèse © moonrise - stock.adobe.com

La guerre du Péloponnèse voit s'affronter deux alliances militaires : la ligue du Péloponnèse et la ligue de Délos. La première est fondée dès le VIe siècle av. JC autour de Sparte, la plus puissante cité-État du Péloponnèse. Les Lacédémoniens rassemblent alors de puissants alliés dans la région, notamment Corinthe, Tégée ou Elis. Rapidement, de nombreuses villes désirent rejoindre la coalition, qui finit par inclure toutes les provinces de la péninsule grecque, excepté Argos et l'Achaïe. La ligue du Péloponnèse est contrôlée par le Conseil des alliés, composé de l'assemblée des Spartiates et du Congrès des alliés. Chaque cité-État possède une voix, et ce, quelles que soient sa taille et sa puissance géopolitique. De plus, aucun tribut n'est à payer, sauf en temps de guerre, où un tiers de l'armée d'une ville peut être mobilisé. Ainsi, sous le commandement de Sparte, la ligue du Péloponnèse assure la protection et la sécurité de ses membres. 

La ligue de Délos, elle, est formée à la fin des guerres médiques pour refouler les Perses hors de la Grèce. Sous l'hégémonie d'Athènes, cette coalition regroupe des cités-États ioniennes d'Asie Mineure, de l'Hellespont et de la Propontide (l'actuelle mer de Marmara). Elle compte également dans ses rangs la plupart des îles de la mer Egée, comme Chios, Lesbos, Samos ou Délos. Cette dernière est pendant un temps le siège de l'alliance, et abrite son trésor. Chaque membre fournit à la confédération une armée, des navires ou un tribut annuel. A la suite de ses victoires sur les Perses, Athènes devient la puissance dominante du monde grec. Dotée de la meilleure force navale de la région, elle contrôle le bassin égéen et une grande partie de la Méditerranée orientale. Dans les faits, les liens qu'entretient Athènes avec ses alliés tiennent plus de rapports de cité mère à cités vassales. Ainsi, l'appartenance à la ligue de Délos passe rapidement du "consentement mutuel" au "maintien par la force". On parle dès lors d'"empire athénien".

Qui a gagné la guerre du Péloponnèse ?

Oraison funèbre de Périclès
Oraison funèbre de Périclès, prononcée en hommage aux Athéniens morts pendant la guerre du Péloponnèse. © vkilikov - stock.adobe.com

Au début du conflit, la défaite athénienne semble improbable, au vu des ressources dont dispose la cité-État en comparaison de Sparte. Périclès, stratège et homme politique athénien, élabore un plan pour forcer les Lacédémoniens à mener une guerre d'usure. Ainsi, durant les invasions spartiates, la population de l'Attique se réfugie derrière les Longs Murs, reliant Athènes au port du Pirée. La flotte est chargée de ravitailler la ville et d'organiser des raids dans le Péloponnèse. Trop sûre d'elle-même, la cité-Etat fera preuve d'excès de confiance (hybris) tout au long des hostilités. En -413, son expédition en Sicile tourne au désastre, et change le cours de la guerre du Péloponnèse. Athènes perd une grande partie de sa force navale, et permet à Sparte de justifier la reprise des combats. En -412, cette dernière entame le blocus de la cité, qui est coupée d'une partie de ses ressources. En -405, la flotte lacédémonienne coule sa rivale, et conquiert les possessions athéniennes en mer Egée, avant d'assiéger Le Pirée. Complètement encerclée et menacée par la famine, Athènes se soumet finalement en -404.

Quelles sont les conséquences de la guerre du Péloponnèse ?

Après la reddition d'Athènes, une paix est conclue entre les cités-États. Si Corinthe et Thèbes veulent détruire la ville et réduire ses habitants en esclavage, Sparte s'y oppose. Le traité de paix est ainsi relativement clément pour les vaincus. Ces derniers conservent l'Attique, mais doivent renoncer à leurs possessions, entérinant l'effondrement de l'empire athénien. Ils doivent également abattre les fortifications du Pirée et des Longs Murs. Vient alors la dissolution de la ligue de Délos dans la foulée, et Athènes intègre la ligue du Péloponnèse. De plus, la démocratie athénienne est remplacée par la tyrannie des Trente, un gouvernement oligarchique instauré par le général spartiate Lysandre. Ce nouveau régime ne dure cependant qu'un an. En -403, le général athénien Thrasybule chasse les dirigeants du pouvoir et rétablit la démocratie. Avec sa victoire, Sparte devient la puissance dominante du monde grec, tandis qu'Athènes reste une place économique et géopolitique importante. La guerre du Péloponnèse marque la fin de l'âge d'or de la Grèce antique. Les cités sortent ruinées du conflit, le bilan humain est énorme, et le commerce et l'agriculture mettent plusieurs années à se relever. La guerre entraîne également de profonds bouleversements sociétaux et religieux dans la société grecque. Le modèle politique athénien, alors en plein essor, s'efface au profit des oligarchies. Enfin, les tactiques de combat évoluent et se diversifient. Les batailles d'hoplites ne sont dorénavant plus la seule façon de faire la guerre. Un demi-siècle après ce conflit, la Grèce voit émerger une nouvelle puissance : la Macédoine, et un certain Alexandre le Grand entreprendra la conquête de l'Empire perse.

Les dates clés de la guerre du Péloponnèse

Mai -431 — Sparte envahit l'Attique
Au cours du printemps -431, les Spartiates lancent une série d'invasions et de raids en Attique, territoire de la cité-Etat d'Athènes. Périclès décide de rapatrier la population à l'abri des Longs Murs. En réponse à ces dévastations, le stratège profite de la supériorité maritime athénienne pour piller les côtes du Péloponnèse.
Septembre -429 — Mort de Périclès
A partir de -430, la Grèce antique est touchée par une épidémie connue sous le nom de peste d'Athènes. En quelques années, la maladie emporte près d'un tiers des habitants de la ville, dont Périclès, qui décède en septembre -429.
Août -425 — Victoire athénienne à Sphactérie
En -425, la flotte athénienne ravage la côte ouest du Péloponnèse. En août, elle affronte les Spartiates sur l'île de Sphactérie située à l'entrée du golfe de Pylos. L'armée athénienne y remporte une victoire symbolique.
Mars -421 — Paix de Nicias
Epuisées par dix ans de guerre, Sparte et Athènes ratifient la paix de Nicias en mars -421. Les signataires s'engagent à restituer toutes leurs conquêtes, et à libérer leurs prisonniers. Les Spartiates évacuent la Thrace, tandis que les Athéniens rendent l'île de Sphactérie et Pylos.
Mai -414 — Scandale des hermai
En mai -414, le général et stratège athénien Alcibiade, commandant de l'expédition militaire en Sicile, est pris dans un scandale religieux. Juste avant son départ, il est accusé d'avoir mutilé des représentations du dieu Hermès, faisant craindre un complot pour renverser la démocratie.
Août -414 — Rupture de la paix de Nicias entre Athènes et Sparte
Les hostilités perdurent entre les différentes cités grecques. En -415, Athènes monte une expédition en Méditerranée. Poussée par Alcibiade, l'assemblée spartiate décide d'intervenir en Sicile et de reprendre la guerre en Attique.
16 septembre -413 — Désastre de l'Assinaros
Après la destruction de sa flotte à Syracuse, le corps expéditionnaire athénien effectue une retraite désespérée par voie de terre. L'arrière-garde se retrouve encerclée. Les troupes de Nicias parviennent jusqu'à l'Assinaros, où elles sont massacrées alors qu'elles traversent le fleuve.
Juin -411 — Instauration du régime des 400
La démocratie est renversée par un coup d'Etat et remplacée par un système oligarchique : le conseil des Quatre-Cents. Cependant, le nouveau gouvernement s'enlise, et il est déposé à son tour à la fin de l'été -411.
Mars -410 — Victoire d'Athènes à Cyzique
En mars -410, Alcibiade participe à la bataille de Cyzique, où la flotte athénienne remporte une victoire importante contre Sparte. Celle-ci permet aux Athéniens de reconquérir l'Hellespont et Byzance.
Août -406 — Condamnation à mort des stratèges des Arginuses
La flotte athénienne remporte un nouveau succès face aux Spartiates au large des îles Arginuses. Cependant, les généraux victorieux sont condamnés à mort pour avoir abandonné les corps des hommes tombés à l'eau durant les combats.
Septembre -405 — Lysandre détruit la flotte athénienne
Durant l'été -405, la flotte spartiate du général Lysandre attaque par surprise la flotte athénienne à l'embouchure de l'Aigos Potamos. Les Spartiates capturent ou coulent 170 trières et exécutent près de 3 000 prisonniers.
22 avril -404 — Chute d'Athènes
Après la perte de sa flotte, Athènes se retrouve incapable de se ravitailler ou de chercher de l'aide. Encerclée sur terre comme sur mer et gagnée par la famine, la cité capitule le 22 avril -404.
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