Mai 68 : ses causes et ses conséquences, photos et dates clés

Mai 68 : ses causes et ses conséquences, photos et dates clés Pourquoi Mai 68 a-t-elle eu lieu ? Cette période de manifestations des mois de mai-juin 1968 a changé le pays à travers la mobilisation massive des étudiants, puis des grèves générales. Photos, conséquences, dates clés...

En mai 1968, sous l'impulsion des étudiants parisiens, la France s'agite soudainement pendant un mois. Lassés d'une société autoritaire et paternaliste, les jeunes dénoncent pêle-mêle le capitalisme, l'austérité morale gaulliste, les arrestations de leurs camarades, tout en prônant la libération sexuelle et plus de droits pour la femme, le tout avec parfois le Petit Livre rouge à la main. D'abord désemparés par ces gauchistes qui couvrent les murs parisiens de slogans libertaires, travailleurs et syndicats prennent le relais en moins de quinze jours. La France est paralysée et le régime menacé. Le pays connaît en quelque sorte son dernier épisode insurrectionnel.

Le monde de la jeunesse en pleine ébullition

Au sein des grandes démocraties occidentales, mais aussi de certains pays de l'Est, l'année 1968 coïncide avec une effervescence de la jeunesse et des mouvements de contestation. Aux Etats-Unis, le mouvement hippie fait parler de lui, les étudiants manifestent contre la guerre du Vietnam, tandis que la lutte pour les droits civiques des noirs connaît des épisodes tragiques, notamment avec l'assassinat de Martin Luther King en avril 1968. L'Italie, l'Allemagne et dans une moindre mesure l'Angleterre connaissent des troubles étudiants parfois violents. Le Zengakuren (une ligue étudiante) lance également des mouvements très suivis au Japon. Grèce et Espagne connaissent des mouvements radicaux contre les régimes dictatoriaux en place. Enfin, la Tchécoslovaquie connaît le Printemps de Prague, qui se termine dans la répression. En France, les étudiants sont les premiers à manifester leur mécontentement au printemps 68 et ils le diffusent dans une bonne partie de l'opinion.

Pourquoi mai 68 ?

Plus de vingt ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'heure est donc à la contestation au coeur d'une jeunesse à la fois fruit du Baby boom et des Trente glorieuses. A l'heure de la pilule contraceptive, la morale traditionnelle est contestée, comme le montrent aussi bien les apologies de l'amour libre dans les rues en mai 68, que l'ambiance détendue de Woodstock un an plus tard. Le modèle capitaliste et la consommation de masse concentrent également les attaques : tandis que les beatniks fondent des communautés sans argent, l'extrême gauche française, des maoïstes aux situationnistes, fustige la consommation et les Mass Medias. D'ailleurs, une partie de la jeunesse gauchiste européenne, et notamment française, voit dans la Révolution Culturelle chinoise un formidable encouragement à prendre le pouvoir contre les conservateurs et les réactionnaires.

De la crise universitaire à la crise sociale

Or, au sein des universités françaises, cette jeunesse est particulièrement active et avance sur un terrain favorable : au-delà d'une surcharge très problématique des universités, le système éducatif peine à se réformer et à dépasser son modèle traditionnel. Nanterre, symbole de la croissance de la population estudiantine (elle fut créée en 1964 pour désengorger la Sorbonne), devient le foyer de cette agitation gauchiste. En 1968, il s'y crée le Mouvement du 22 mars, dont la revendication initiale était l'accès pour les étudiants aux bâtiments des étudiantes, mais qui prend des positions plus politiques après l'arrestation d'étudiants manifestant contre la guerre du Vietnam. Composé essentiellement d'anarchistes et mené par Daniel Cohn-Bendit, le mouvement occupe la salle du conseil de la faculté de lettres. Avec la multiplication des arrestations, le conflit tend vers un durcissement. Face à cette situation, l'académie décide de fermer la faculté de Nanterre le 2 mai 1968.

Le face-à-face avec les forces de l'ordre s'avère alors très tendu. Depuis le Moyen Âge, les forces de police ne pouvaient traditionnellement intervenir dans les universités. Or, cet interdit a déjà été rompu dans les mois précédents. L'évacuation de la faculté provoque le 3 mai des actions de solidarité à la Sorbonne. En quelques heures, les troubles gagnent le Quartier latin et tournent à l'émeute. Les forces de l'ordre sont sans concession : près de 600 personnes sont arrêtées. A l'appel de l'UNEF et de la SNESup, la grève est décrétée dans les universités parisiennes et le mouvement fait tâche d'huile en province. Quelques jours plus tard, dans la nuit du 10 au 11 mai, les affrontements franchissent un nouveau cap : en une nuit, les barricades fleurissent tandis que l'on recense 1000 blessés.

La répression policière joue contre le régime : en signe de protestation, les syndicats ouvriers provoquent une grève générale le 13 mai. Celle-ci s'accompagne d'une manifestation imposante dans les rues parisiennes puis de l'occupation des usines. La crise a pris une tournure sociale, mais aussi politique : les grands noms de l'opposition, tels que Pierre Mendès-France ou François Mitterrand, défilent en tête du cortège. Dans les jours qui suivent, les occupations d'entreprises se multiplient, paralysant le pays.

Résistant difficilement à une motion de censure déposée par le PCF et la FGDS (Fédération de la gauche démocrate et socialiste), le gouvernement Pompidou garde le soutien du général de Gaulle. Après avoir affirmé "la réforme oui, la chienlit, non !" le 19 mai, celui-ci propose le 24 mai un référendum sur la participation et la réforme des universités, promettant de partir si le non l'emportait. Mais cette allocution n'a qu'un faible écho. Le pouvoir semble vaciller. De son côté, Georges Pompidou engage des négociations dès le 25 mai. Deux jours plus tard, il signe avec le patronat et les syndicats les accords de Grenelle : le SMIG est augmenté de 25% et les salaires de près de 10%, la durée de travail est réduite pour certains métiers et le droit syndical renforcé. Mais la base ne cède pas et manifeste le soir-même.

Mai 68 et le président : la fragile victoire du gaullisme

Après plus de dix jours de paralysie du pays, le mouvement risque pourtant l'essoufflement, d'autant plus qu'avec l'obtention des accords de Grenelle, il perd une part de légitimité aux yeux de la population. En effet, étudiants et ouvriers ont bénéficié du soutien indirect du reste des Français, ou tout du moins d'une certaine sympathie face à un pouvoir vieillissant et à une société verrouillée. Mais, après les accords syndicaux, la situation prend une tournure véritablement politique. La rue et l'opposition attendent que le général se retire.

Le 29 mai, De Gaulle disparaît soudainement, sans même prévenir son Premier ministre. Il s'est envolé en Allemagne, dans la base militaire française de Baden-Baden. Pendant qu'il s'entretient avec le général Massu, certainement pour s'assurer du soutien de l'armée, la France ressent avec angoisse la possibilité d'une vacance du pouvoir. Revenu, il prononce le lendemain vers 16 heures une allocution courte mais ferme : il dissout l'Assemblée nationale, mais il ne se retire pas. Refusant de céder, il demande aux Français de lui exprimer leur soutien et leur attachement au régime. A 17h30, une grande manifestation débute à Paris, rivalisant de par son ampleur avec celle du 13 mai. 

Les législatives sont fixées aux 23 et 30 juin. Poursuivant sur le registre du risque de chaos politique et de la menace communiste, De Gaulle débaptise son parti pour lui donner le nom d'Union pour la défense de la République. La sympathie de l'opinion pour les manifestants a tourné à la lassitude et à l'angoisse. Les Français expriment alors dans les urnes leur attachement au régime et à leur président : l'UDR sort renforcée et obtient une majorité écrasante. Les événements de Mai 68 sont terminés.

De fait, cette victoire de De Gaulle est de courte durée. Dès le 10 juillet, il remplace Pompidou à la tête du gouvernement par Couve de Murville, lui reprochant indirectement son efficacité lors des Accords de Grenelle. Soucieux de renforcer la légitimité de son pouvoir, De Gaulle propose l'année suivante une réforme sur le statut du Sénat et sur la régionalisation. Optant pour le référendum, il fait de ce scrutin un véritable plébiscite : si son projet est rejeté, il quittera la tête du pays. Le 27 avril 1969, le non l'emporte avec 52% des suffrages. De Gaulle assume alors ses engagements et se retire.

Conséquences de mai 68

Du côté des pertes humaines, les événements de mai 68 ont causé la mort de sept personnes, le chiffre le plus probable, toutes survenues après la date du 24 mai. Plusieurs ont été tués par balles lors de dérapages des forces de l'ordre. Selon Raymond Marcellin, ministre de l'Intérieur nommé le 31 mai 1968, les affrontements de mai 68 avec les CRS ont par ailleurs fait environ 2 000 blessés, dont 200 graves. La Cinquième République garde longtemps en mémoire les événements de mai 68, perçus comme le catalyseur de mutations profondes de la société française. Si le pouvoir sort temporairement renforcé par les législatives de 1968, De Gaulle est amené à partir un an plus tard. Quant aux ouvriers, ils ont obtenu des résultats probants lors des accords de Grenelle. Les étudiants, à l'origine du mouvement, obtiennent une réforme de l'université. En réalité, leur action a fait sauter de nombreux verrous et entrer la France dans la voie de la modernisation. En effet, des idées et engagements émergent : lutte pour les droits des femmes, modification des valeurs morales, sociales et politiques dominantes. Une société nouvelle éclot. Parmi les changements qu'elle apporte dans les années suivantes, on retient par exemple la libéralisation puis le démantèlement de l'ORTF en 1974, la loi sur l'IVG en 1975, la libéralisation du régime ou encore l'influence décroissante de l'Eglise chrétienne. 

Photos de mai 68


MAI 68 : dates clés

22 mars 1968 : Effervescence dans les universités françaises 
Un groupe à tendance anarchiste se crée à l’université de Nanterre autour de Daniel Cohn-Bendit. Il s’agit du "Mouvement du 22 mars". Les étudiants qui le composent réagissent à l’arrestation de camarades lors d’une manifestation contre la guerre du Vietnam. Ils occupent la salle du conseil de la faculté de Lettres. L’occupation dure et les incidents se multiplient, si bien que le recteur décidera de fermer la faculté le 2 mai.
2 mai 1968 : Fermeture de la faculté de Nanterre 
Au cours d’une journée marquée par des rumeurs d’intervention de l’organisation d’extrême droite Occident contre les gauchistes du Mouvement du 22 mars, la confusion règne dans la faculté de Nanterre. A la fin de l’après-midi, le recteur décide de sa fermeture. Le désordre qui suit donne le point de départ des événements de Mai 68.
3 mai 1968 : Premières barricades de Mai 68 
La police, à la demande du recteur Jean Roche, fait évacuer la Sorbonne où se tient un meeting de protestation. Les étudiants dressent alors des barricades sur le "boul'Mich". La crise de Mai 68 commence dans les rues du Quartier latin : barricades, pavés et cocktails Molotov sont les armes des étudiants contre les matraques et gaz lacrymogènes des CRS. L’évacuation se déroule sans ménagement et dans la violence : 600 personnes sont arrêtées. La révolte, d'abord universitaire, débouchera sur des grèves et une crise sociale généralisée.
10 mai 1968 : La "nuit des barricades"  
La révolte des étudiants atteint son point culminant dans la nuit du 10 au 11 mai, au cours de laquelle étudiants et CRS s'affrontent dans de véritables combats de rues : voitures incendiées, rues dépavées, vitrines brisées, centaines de blessés. Le pays est stupéfait et l'agitation étudiante, jusque-là isolée, rencontre alors la sympathie d'une grande partie de l'opinion publique. Le 13 mai, les syndicats manifesteront avec les étudiants pour protester contre les brutalités policières et, le 14 mai, une vague de grèves commencera.
11 mai 1968 : Appel à la grève des syndicats 
Suite à la violente nuit de manifestation étudiante qui se solde par un millier de blessés, le mouvement ouvrier décide de se joindre à la contestation et appelle à une grève générale pour le 13 mai.
13 mai 1968 : Grande manifestation contre de Gaulle
Une grève générale est déclenchée par les syndicats ouvriers (CGT, CFDT), qui encouragent les étudiants à les rejoindre, étudiants qui manifestent, eux, depuis le début du mois de mai. Une foule constituée de 800 000 personnes (170 000 dixit la police) envahit les rues de la capitale parisienne en criant "10 ans, ça suffit !", en référence au dixième anniversaire de retour à la tête de l'Etat de De Gaulle. Les manifestants dénoncent également le chômage rattaché au régime capitaliste et la société de consommation.
27 mai 1968 : Signature des accords de Grenelle
A la suite des négociations débutées le 25 mai entre le patronat, les syndicats et le gouvernement, se font des accords prévoyant la hausse du SMIG (salaire minimum) de 25%, la réduction du temps de travail et une augmentation des salaires de 10%. Ces accords sont signés rue de Grenelle, au ministère des Affaires sociales. Toutefois, ces concessions laissent la base ouvrière insatisfaite et la grève se poursuit. C'est l'impasse et la crise sociale de mai 68 mène à une crise politique. Le 30 mai, De Gaulle annonce tout bonnement la dissolution de l'Assemblée et reprend le pays en main.
29 mai 1968 : De Gaulle s’éclipse à Baden-Baden
Face à l’impasse des événements de Mai 68, De Gaulle quitte soudainement le territoire français et se rend en Allemagne, dans la base militaire française de Baden-Baden. Pendant qu’il s’entretient avec le général Massu, personne ne sait où est le Président de la République française.
30 mai 1968 : De Gaulle dénonce la "chienlit"
Alors qu'il vient de s'éclipser une journée pour s'envoler vers Baden-Baden (en Allemagne) sans prévenir son Premier ministre, Charles de Gaulle pratique un discours de fermeté quant aux manifestations. Il dénonce la "chienlit", comme il l'avait fait le 15 mai, et en appelle à une manifestation pour soutenir son gouvernement. Il prend aussi la décision de dissoudre l'Assemblée. Des choix qui semblent d'abord efficaces, puisque les contre-manifestations ont un grand succès et que les gaullistes se montrent renforcés au sein du Parlement suite aux législatives organisée en juin. Mais de Gaulle ne bénéficie en réalité que d'un petit sursis d'un an.
30 juin 1968 : Large victoire de l’UDR aux législatives
Suite à la dissolution de l’Assemblée le 30 mai, De Gaulle a formé un nouveau parti : l’Union pour la Défense de la République. Bénéficiant de la lassitude des Français et de l’angoisse du désordre politique, l’UDR obtient une victoire sans appel avec 293 sièges sur 487. Les événements de Mai 68 sont terminés : De Gaulle semble être le grand vainqueur, pourtant il quittera le pouvoir un an plus tard. Quant aux ouvriers, ils ont obtenu des résultats probants lors des accords de Grenelle. Les étudiants, à l’origine du mouvement, peuvent apparaître comme les grands perdants. En réalité, leur action a fait sauter de nombreux verrous et entrer la France dans la voie de la modernisation.
10 octobre 1968 : Un nouveau souffle à l’enseignement supérieur
Au lendemain de la crise de mai 1968, Egar Faure, alors ministre de l’Éducation nationale, soumet au Parlement une loi modifiant le fonctionnement des universités. Tenant compte des revendications étudiantes, cette loi d’orientation assure aux universités une autonomie plus importante, tant sur le plan financier que pédagogique.
28 avril 1969 : Charles de Gaulle démissionne
Charles de Gaulle a potassé une réforme du Sénat ainsi qu'une loi sur la régionalisation afin de se rapprocher des désirs de modernisation du pays, exprimés au cours des manifestations de 1968. Il a aussi pris la décision de peser de tout son poids dans cette élection en faisant savoir qu'il démissionnerait si le "non" l'emportait. Quand les résultats penchant en faveur du "non" sont annoncés officiellement, il remet par conséquent sa démission et se retire définitivement de la vie politique française. Il se met alors à travailler sur ses Mémoires et fera notamment la rencontre de Franco.