Mur de Berlin : de sa construction à sa chute, l'histoire et les images

Mur de Berlin : de sa construction à sa chute, l'histoire et les images La construction du Mur de Berlin a débuté le 12 août 1961, et jusqu'à sa chute le 9 novembre 1989, il aura été le symbole de la Guerre Froide en Europe, avant de devenir celui de la réunification et du réchauffement...

L'histoire du Mur de Berlin, qui a fêté les 30 ans de sa chute le samedi 9 novembre 2019, est à la fois longue et complexe. La ville de Berlin mais aussi le pays tout entier, ont été divisés par ce mur pendant 28 ans. Sa construction sera la résultante de plusieurs années d'escalade entre Occidentaux et Soviétiques. Alliés pour mettre un terme au régime nazi et à sa domination sur l'Europe, la Russie et les Etats-Unis vont se livrer, dès 1945, à une course effrénée pour être les premiers à libérer Berlin. C'est dans ce contexte que, dès la victoire de 1945 et la capitulation allemande, Berlin est passée d'ex-capitale allemande à zone d'occupation quadripartite. D'un côté les Soviétiques qui occupent une large moitié est de la ville, de l'autre la zone Ouest, elle même divisée en trois partie : une américaine au sud-ouest, une anglaise à l'ouest et une française au nord-ouest. A l'époque, le Mur de Berlin n'est pas encore d'actualité, mais la ville est déjà clairement scindée en deux.

Cette zone Ouest, de quelques kilomètres carrés seulement, va très vite se transformer en enclave occidentale en territoire communiste. Berlin est en effet à l'est du rideau de fer qui sépare alors l'Europe en deux, du nord de la Finlande au sud de la Bulgarie. Staline essaiera une première fois de mettre fin à cette situation dès 1949, en bloquant les accès à Berlin-Ouest, obligeant les occidentaux à organiser un grand pont aérien pendant 11 mois pour ravitailler les militaires et les civils. Le Blocus de Berlin sera levé le 12 mai 1949 et constitue depuis une première victoire des occidentaux dans la capitale Allemande.

Pourquoi le Mur de Berlin a-t-il été construit ?

En 1958, pendant la Guerre froide, Nikita Khrouchtchev a à nouveau tenté de se débarrasser de la présence "impérialiste" en suggérant de faire de Berlin-Ouest une zone neutre et libre. La République démocratique allemande (RDA) que constitue le bloc de l'Est est en effet confrontée au problème majeur de l'exil de ses habitants en direction de la République fédérale allemande (RFA) via Berlin-Ouest. Le régime, miné par l'échec de la planification, veut arrêter l'hémorragie de main-d'oeuvre après la fuite de 3 millions d'Est-Allemands.

A la suite d'une rencontre avec John Fitzgerald Kennedy se révélant infructueuse en mai 1961, Khrouchtchev prend finalement une décision radicale, poussé notamment par Walter Ubricht, chef de la RDA à l'époque : faire ériger un mur séparant les zones occidentales de la zone soviétique. En interdisant la libre circulation entre les deux parties de la ville, les Soviétiques veulent stopper l'émigration des citoyens est-allemands mais aussi asphyxier économiquement Berlin-Ouest.

La construction du Mur de Berlin

Dans la nuit du 12 au 13 août 1961, 40 000 soldats bloquent les points de passage entre les deux Berlin. Les autorités de la République démocratique allemande (RDA) commencent à couler du béton et à tendre des barbelés sur la ligne qui sépare à Berlin la zone sous occupation soviétique de la zone sous occupation américaine, anglaise et française. Des centaines de maçons travailleront bientôt de nuit, en catimini, sous la protection et la surveillance de soldats. Après une construction sommaire, le Mur de Berlin est renforcé par un rempart intérieur et des tranchées. En septembre 1961, la frontière devient presque infranchissable.

Rapidement, les barbelés sont remplacés par des blocs de béton. © HJ. Wolf, Bundesarchiv, 173-1321, CC BY SA 3.0

Le Mur de Berlin symbole de la Guerre froide

Le Mur de Berlin, souvent nommé "Mur de la honte", deviendra vite le symbole de la division de l'Allemagne et du monde. Il matérialise le "rideau de fer", mais à Berlin, au centre de l'Europe, et illustre bien le climat de coexistence semi-pacifique de cette période. Symbole concret de la Guerre froide, il sera aussi le symbole des victimes de cette guerre inédite. En août 1961, pendant la construction du Mur, des centaines de Berlinois réussiront à rejoindre l'Ouest, mais la première victime, Günter Liftin, tombera le 24 août. Il y en aura de nombreuses autres. Le 17 août 1962, touché à la jambe alors qu'il tentait de traverser, un autre fugitif, Peter Flechter, agonise des heures dans ce qu'on appellera bientôt le "No man's land", se vidant de son sang. Il est sans doute à ce jour la victime la plus emblématique du Mur. Difficile encore aujourd'hui de connaitre le nombre exact de ceux qui sont morts directement ou indirectement à cause du Mur de Berlin, confidentiel en RDA pendant près de trente ans. Quand certaines sources parlent de 140 morts, certaines associations vont au-delà des 1000 tués. Pour fuir, tous les stratagèmes seront bons, des missions savamment élaborées aux innombrables tunnels. Sur plus de 70 projets de souterrains, seuls 14 auront finalement vu le jour et permis le passage de 300 Berlinois.

Le Mur de Berlin sera aussi le théâtre de plusieurs pics de tension historiques entre l'Est et l'Ouest, pourtant suffisamment maîtrisés pour ne pas chavirer dans un conflit armé. Dès la construction du Mur, le président américain Kennedy réagit en envoyant 1 500 militaires en renfort à Berlin-Ouest. Le 27 octobre 1961, à la suite d'un contrôle à Checkpoint Charlie, l'un des derniers points de passage entre les deux côtés du Mur, des dizaines de chars américains et soviétiques se postent de part et d'autre de la frontière. On évite heureusement l'explosion de violence. On se rappellera aussi de la visite de John Kennedy à Berlin le 26 juin 1963, venu prononcer un message de soutien à Berlin Ouest sur le parvis de l'Hôtel de ville, à l'invitation du maire Willy Brandt. Ce discours, ponctué par le célèbre "Ich bin ein Berliner", est considéré comme l'un des meilleurs du président américain.

Dans la nuit du 13 août 1961, la RDA ferme les frontières et les chars envahissent la ville. © DALMAS / SIPA

La chute du Mur de Berlin

Dans les années 1980, l'Union soviétique doit faire face à de nombreux mouvements contestataires dans différents pays du bloc de l'est. En RDA, les Allemands manifestent contre le Parti socialiste unifié (SED) qui est au pouvoir avec le soutien de l'URSS. Le 7 octobre 1989, Gorbatchev, nouveau maître de l'URSS et déjà favorable à une ouverture, est accueilli à l'aéroport de Berlin par Erich Honecker, maître de l'Allemagne de l'Est, pour les 40 ans de la RDA. Des milliers d'Allemands de l'Est demandent alors plus de libertés à "Gorbi". Face à un Honecker irrité, le père de la Glasnost exclut toute répression. Deux jours après la visite de Gorbatchev, 70 000 personnes se rassemblent à la "prière du lundi" à Leipzig (Est). Depuis 1982, le pasteur de l'église Saint-Nicolas accueille dans cette paroisse protestante des "réunions-prières" pour la paix.

Le 16 octobre 1989, la télévision est-allemande ose, pour la première fois, parler de la contestation. Les manifestations de Leipzig seront un véritable prélude à la chute du Mur. Elles vont inspirer les Berlinois et ébranler le pouvoir en place. Le 18 octobre 1989, Erich Honecker démissionne "pour raison de santé" et laisse la place à Egon Krenz. 50 000 Est-Allemands ont alors déjà réussi à joindre l'Ouest via la Hongrie, qui a ouvert ses frontières depuis le mois de mai. Le 4 novembre 1989, les manifestations contre le Parti communiste et ses alliés touchent l'ensemble de l'Est. Un million de personnes se rassemblent sur Alexanderplatz, à Berlin. Le 7, le gouvernement, conduit par Willy Stoph depuis 1976, démissionne.

Les événements des 9 et 10 novembre 1989

Le 9 novembre 1989, dans cette situation de crise, une conférence de presse est donnée par Günter Schabowski, porte-parole du Politburo. Face à cette pression inédite et à la stupeur générale, il annonce de manière improvisée l'autorisation des voyages "à l'étranger". Question d'un journaliste : "Quand ceci entre-t-il en vigueur ?" Schabowski, embarrassé : "Autant que je sache, immédiatement". A 20 heures, le 9 novembre 1989, les journaux télévisés de l'Est rapportent les propos de la conférence de Schabowski. A l'Ouest, radios et télévisions scandent déjà : "Le Mur est ouvert !" Des milliers de Berlinois se rendent alors sur place. Alors que des manifestants arrivent aux points de passage et exigent de passer, les troupes frontalières et les responsables du contrôle n'ont pas été informés et restent inertes. Des scènes de liesse se forment. Face à des gardes stupéfaits par la tournure des événements, la foule commence à s'installer sur le Mur comme pour mieux le dominer.

Dans la soirée, la foule exige l'ouverture des sept points de passage entre Berlin-Est et Berlin-Ouest. Très vite, les premières barrières se lèvent face aux revendications des manifestants. Sur la Bornholmer Strasse, à partir de 21h30, les gardes-frontières, dépassés, permettent à 20 000 personnes de passer pour éviter la catastrophe. C'est la première brèche. Après la Bornholmer Strasse, plusieurs autres points de passage ouvrent leurs portes. Des milliers de Berlinois passent de l'autre côté de la ville, pour une simple visite dans la majeure partie des cas. A partir de minuit, entre le 9 et le 10 novembre, le poste-frontière de Checkpoint Charlie est ouvert à son tour.

Jusqu'au petit matin du 10 novembre 1989, des milliers de Berlinois ont fêté l'ouverture du Mur de Berlin. Mais la majorité n'apprendra la nouvelle que dans la journée, soit le lendemain de l'annonce de l'événement dans les médias. Le lever du jour a un effet démultiplicateur sur la population souhaitant traverser. Le pont de Bösebrücke, tout au nord de Berlin, permet aux Trabant, les célèbres voitures d'Allemagne de l'Est, de passer depuis la veille. Ce ne sont plus seulement les piétons, mais d'importantes files voitures qui se ruent à tous les points de passage entre Berlin-Est et Berlin-Ouest. Des bouchons gigantesques se forment. Du jamais vu à Berlin.

La chute du Mur de Berlin en images

De la chute du Mur à la réunification

Le 11 novembre 1989, le violoncelliste Mstislav Rostropovich s'installe devant le Mur de Berlin et joue plusieurs compositions de Bach pour fêter la chute de l'édifice et la période de réconciliation qui s'annonce. Son concert va émouvoir le monde entier. La réunification sera rapide. Des documents seront nécessaires pour passer à l'Ouest pendant encore des mois, mais le le 3 octobre 1990, moins d'un an après la chute du Mur de Berlin, la République démocratique allemande sera en effet intégrée à la République fédérale.

La destruction du Mur, elle, sera un peu plus longue. Si plusieurs pans du "rempart anti-impérialiste" seront retirés à la hâte dès 1989, la démolition du Mur de Berlin se fera en majeure partie entre juin et novembre 1990. Et elle ne s'est pas arrêtée aux 43 km intra-muros entre les deux parties de la ville. La partie Ouest de Berlin était en effet entièrement encerclée au beau milieu de l'Allemagne de l'Est. 155 km de Mur ont ainsi dû être démantelés. Sur les 45 000 blocs retirés, représentant 120 000 tonnes de béton, des dizaines de milliers de tonnes seront immédiatement concassées, puis réaffectées à la rénovation des routes est-allemandes. Il en reste encore des vestiges aujourd'hui à quelques endroits de la ville.

Carte du Mur de Berlin

De nombreux internautes ont tenté de reconstituer le tracé du Mur de Berlin sur le Web. Google Map notamment regorge de ces travaux qui permettent de bien visualiser à quel point la ville était scindée entre 1961 et 1989.

Visiter les vestiges du Mur de Berlin en 2019

Il n'est pas si facile de voir le Mur de Berlin et ses vestiges en 2019, soit 30 ans après sa chute. Dès 1989, l'empressement des Berlinois à se débarrasser de ce "Mur de la honte" va conduire à sa destruction quasi-intégrale. On peut encore observer des morceaux de l'édifice au sein du Mauerpark, grand parc au Nord de la ville, qui était traversé par le Mur et où se tient un marché très populaire aujourd'hui. On trouve aussi quelques vestiges le long de la Bernauer Straße, connue pour les multiples tentatives de fuites des habitants de Berlin-Est du temps du Mur, ou au niveau de l'imposante Potsdamer Platz, où quelques pans sont encore alignés. Mais c'est surtout au niveau de l'East Side Gallery qu'on retrouve la plus longue portion du Mur de Berlin, 1,3 km de béton entièrement peint et qui est devenu une exposition à ciel ouvert. Depuis 2016, les visiteurs peuvent découvrir l'histoire du Mur de Berlin dans une exposition multimédia en allemand et anglais non loin de là.

L'East Side Gallery, à Berlin, est une section préservée de l'ex-Mur de Berlin ornée d'oeuvres de street-art. © Stuart Forster / Shutters / SIPA

On peut aussi revivre l'histoire du Mur de Berlin à Checkpoint Charlie, l'un  des points de passage les plus emblématiques entre Berlin-Ouest et Berlin-Est. C'est là où chars d'assaut américains et soviétiques se sont fait face en 1961 et où Peter Flechter s'est vidé de son sang le 17 août 1962, que se trouve un Musée du Mur (Mauermuseum - Museum Haus am Checkpoint Charlie) qui rassemble depuis 1962 les traces des événements qui ont eu lieu de la construction à la chute de l'édifice.

Mur de Berlin : dates clés

2 mai 1945 : Le drapeau rouge flotte sur Berlin
Le photographe ukrainien Yevgeni Khaldei immortalise la prise de Berlin par l'Armée Rouge en photographiant un soldat plantant le drapeau soviétique sur le toit du Reichstag, chambre législative allemande. L'annonce du suicide de Hitler le 30 avril, de son remplacement à la tête du gouvernement par l'amiral Doenitz le 1er mai, puis de la prise de Berlin le 2, accélérèrent le processus de désagrégation de la Wehrmacht, armée allemande, et aboutit à la signature de la capitulation allemande.
24 juin 1948 : Mise en place du blocus de Berlin
Staline décide de mettre en place un blocus autour de Berlin. Il montre ainsi son désaccord face à la fusion des trois zones occidentales de Berlin-Ouest. Il estime en effet que les Américains, les Anglais et les Français violent les accords de Potsdam en réunissant leur territoire et en créant le Deutschemark. Les occidentaux installent rapidement un pont aérien qui permet de ravitailler la ville. Pourtant, cet épisode est un point de rupture entre l'est et l'ouest qui mène tout droit vers la Guerre froide.
12 mai 1949 : Le blocus de Berlin est levé
Après presqu'un an de blocus et de ravitaillement américain par voie aérienne, les soviétiques lèvent le blocus de Berlin ouest. Dans le monde occidental, la ville était devenue le symbole de la résistance à toute tentative de l'URSS de prendre le contrôle de nouveaux territoires en Europe. Les occidentaux prennent ainsi une revanche symbolique sur le coup de Prague, auquel ils n'avaient pu réagir que par de vaines protestations. Berlin restera pendant quarante ans un véritable symbole, notamment après la construction du mur en 1961. Par ailleurs, la fin de ce blocus permet la création de la RFA dix jours plus tard. L'URSS créera un an et demi plus tard la RDA.
12 août 1961 : Construction du Mur de Berlin
Sur décision de Nikita Khrouchtchev, le mur de Berlin commence à être construit dans la nuit du 12 au 13 août 1961 pour empêcher les Allemands de l'enclave de Berlin de fuir la RDA sous contrôle soviétique. Le "mur de la honte" ne tombera que le 9 novembre 1989, annonçant la chute du communisme en Europe et l'effondrement de l'URSS.
27 août 1961 : Face-à-face au checkpoint Charlie
Deux semaines après la construction du mur de Berlin, le checkpoint Charlie est le théâtre d'une épreuve de force entre Américains et Soviétiques. Pendant plusieurs heures, blindés soviétiques et américains, distants de quelques dizaines de mètres, se font face au niveau du point de passage entre Berlin-Est et Berlin-Ouest. Soucieux de ne pas risquer un conflit armé pour de simples provocations, les deux armées reculeront.
9 novembre 1989 : Le mur de Berlin tombe
Acculé par le mécontentement des Allemands, le gouvernement de RDA annonce le 9 novembre 1989 que les habitants de l'est peuvent désormais sortir du pays sans autorisation. Le "mur de la honte" tombe. La Stasi, organisme de la RDA chargé de surveiller le pays pour le compte de l'URSS, est dissoute et les premières élections libres sont organisées l'année suivante en RDA.
3 octobre 1990 : Réunification de l'Allemagne
A minuit, l'Allemagne en liesse fête sa réunification. Un traité d'union, bientôt ratifié par l'ensemble de la communauté internationale, met fin à la division. A Berlin, des centaines de milliers de personnes ont entonné "l'Hymne à la joie" de Beethoven en agitant des drapeaux rouge, or et noir. Après la chute du mur de Berlin en novembre 1989, une nouvelle Allemagne est née.
20 juin 1991 : Berlin, capitale de l'Allemagne réunifiée
Après la chute du mur de Berlin en 1989 et la réunification en 1990, les parlementaires allemands décident de redonner à Berlin son statut de capitale. C'est Bonn qui depuis la partition de l'Allemagne faisait office de capitale fédérale. Le Palais du Reichstag, incendié par les nazis en 1933, sera rénové et accueillera le Bundestag (parlement allemand) en 1999.