La prohibition (1920-1933) : les USA privés d'alcool

La prohibition (1920-1933) : les USA privés d'alcool La prohibition (1920-1933) interdisait la consommation d'alcool aux États-Unis. Mais ces mesures ont échoué, et Al Capone a beaucoup participé à cet échec.

De 1920 à 1933, les États-Unis traversent une période appelée "prohibition". Pendant treize ans, la fabrication, le transport, la vente, l'importation et l'exportation de boissons alcoolisées sont interdits. Si les mesures entrent en vigueur le 16 janvier 1920 dans l'ensemble du pays, elles remontent à 1846 dans le Maine. L'idée est de lutter contre l'alcoolisme, pour permettre à une Amérique "saine" de revenir au premier plan.

En coulisses, la rébellion monte : ouverture de bars clandestins, vente d'alcools de contrebande, obtention d'alcool sur ordonnance… Quant à la production d'alcool, elle tombe aux mains de criminels. Parmi eux, Al Capone parvient à générer d'immenses profits, ce qui fait perdre de l'argent à l'État. Revenons sur les causes, les caractéristiques et les échecs de la prohibition aux USA.

Quelles sont les causes de la prohibition aux États-Unis ?

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Cérémonie du Ku Klux Klan, en 1939. Les membres, portant capuches et robes blanches, regardent une croix en feu à Tampa, en Floride. © AP/SIPA

Le Maine est le premier État à prendre cette mesure, en 1848. Il est suivi par le Vermont, le Rhode Island, le Minnesota ou encore le Michigan. Appelés "dry counties" ("comtés secs"), ces États s'opposent aux "wet counties" ("comtés humides"), où la vente d'alcool est autorisée. Des mouvements puritains comme les ligues de tempérance (associations qui s'opposent à la consommation d'alcool) sont de plus en plus plébiscités. Il en va de même pour le Ku Klux Klan, qui soutient la prohibition. En agissant ainsi, les objectifs sont d'élever le niveau de moralité, de prévenir les violences conjugales, d'éviter la baisse de productivité des ouvriers, etc. La réduction de la vente de l'alcool mène, petit à petit, à une interdiction. Enfin, une montée de la germanophobie se fait ressentir : les Germano-Américains sont considérés comme les principaux bénéficiaires de la vente d'alcool pendant la Première Guerre mondiale. De plus, les Américains ne doivent pas se détourner de leur objectif : gagner la guerre !

Quels sont les textes de loi marquant la prohibition aux États-Unis ?

Le XVIIIe amendement de la Constitution des États-Unis institue la prohibition dans tout le pays. Au 16 janvier 1919, trente-six des quarante-huit États ont ratifié cet amendement. Il est complété par le Volstead Act, un texte législatif établi le 28 octobre 1919 : il étend l'interdiction de la production, la distribution et la vente d'alcool aux bars et aux restaurants. Il faut cependant attendre le 16 janvier 1920 pour que la prohibition entre en vigueur.

Comment la prohibition a-t-elle été contournée aux États-Unis ?

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Des barils de bière sont détruits par des agents de la prohibition, dans une décharge de la ville de New York, en 1931. © /AP/SIPA

Si de nombreux bars se reconvertissent dans la vente de boissons sans alcool, certains contournent la loi. C'est dans ce contexte que des dizaines de milliers de bars clandestins ouvrent leurs portes à New York. Appelés "speakeasies", ils sont très souvent gérés par le crime organisé, et plébiscités par une clientèle aisée. Dans le même temps, un marché noir lucratif se développe : des alcools de contrebande ("moonshines") sont produits dans des alambics clandestins. Leur particularité ? Ils peuvent contenir des impuretés et être nocifs pour la santé. Les boissons qui contiennent le plus d'alcool sont les plus populaires, en raison de leur fort pouvoir enivrant.

À quelles organisations la prohibition a-t-elle été profitable ?

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Al Capone, un des plus célèbres gangsters américains du XXe siècle. Il fait fortune dans le trafic d'alcool de contrebande, durant la prohibition, dans les années 20. © AP/SIPA

Dès que la prohibition entre en vigueur, les figures du crime organisé élaborent un réseau de fabrication, d'importation et de distribution de boissons alcoolisées. C'est le cas d'Arnold Rothstein ("The Brain") à New York et de Machine Gun Kelly à Memphis. Autre gangster mythique : Al Capone, qui parvient à faire fortune dans l'alcool de contrebande. Il est le parrain de The Outfit, la famille du crime organisé de Chicago. C'est durant la période de la prohibition que cette organisation se développe : elle aurait touché plus de 120 millions de dollars par an de 1925 à 1930. Eliot Ness, agent du Trésor américain et dirigeant du groupe des Incorruptibles, s'évertue à lutter contre Al Capone. Ses hommes montent notamment des raids contre les distilleries et brasseries illégales.

Qui a mis fin à la prohibition aux États-Unis et pourquoi ?

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Le président Franklin D. Roosevelt, en 1933, à son bureau à la Maison Blanche (Washington). © AP/SIPA

Le gouvernement américain constate l'échec qu'est la prohibition : inefficacité de la loi, manque à gagner sur les taxes… Devant cette situation, le Volstead Act est abrogé le 17 février 1933, par Franklin Delano Roosevelt, président démocrate des États-Unis. Dans le même temps, le Blaine Act est adopté par le Sénat. Quelles conséquences ? D'une part, la production et la consommation de boissons peu alcoolisées sont à nouveau autorisées. Elles concernent les bières contenant maximum 3,2° d'alcool. D'autre part, l'État peut lever de nouvelles taxes. En ce qui concerne le XVIIIe amendement de la Constitution des États-Unis, il est abrogé la même année par le XXIe amendement.

Pourquoi la prohibition aux États-Unis est-elle un échec ?

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Eliot Ness Legend, à la tête des Incorruptibles, luttant pour faire respecter la prohibition aux États-Unis. Il livra une guerre sans merci à Al Capone. © AP/SIPA

Plusieurs raisons expliquent l'échec de la prohibition aux États-Unis. D'abord, un manque de coordination entre les gouvernements des différents États, et l'application des mesures rendue complexe par le gouvernement fédéral. En parallèle, peu de condamnations suivent les arrestations, car une multitude de policiers et de juges sont corrompus. Le marché noir émerge également, tout comme le crime organisé. Pendant plus de dix ans, l'État perd de l'argent au profit des gangsters. Al Capone et Lucky Luciano (guidé par Arnold Rothstein) se spécialisent dans la contrebande d'alcool. De l'autre côté, Eliot Ness et Izzy Einstein luttent pour faire appliquer les règles. Expert du déguisement, ce dernier serait responsable de plus de 5 000 arrestations. Enfin, une crise économique frappe le pays en 1929 : elle est marquée par une explosion du chômage et une importante déflation. Le commerce de l'alcool étant une source de revenus importante, l'État perd des sommes considérables depuis l'entrée en vigueur de la prohibition, et notamment la fermeture des distilleries.

Quelles sont les conséquences de la prohibition aux États-Unis ?

Sitôt la fin de la prohibition, le crime organisé perd une part de ses revenus issus de la vente d'alcool. Les gangsters se réorientent donc vers le trafic de drogues illicites, le racket, la prostitution ou encore les jeux de hasard. Dès 1920, un grand nombre de brasseries artisanales doivent fermer leurs portes. Les grandes brasseries industrielles sont les seules à survivre à cette période. Manque de variété, baisse de la qualité des boissons… Les connaisseurs sont nombreux à se plaindre du manque de savoir-faire. Alors que la prohibition avait pour objectif la diminution de la consommation d'alcool, elle a eu parfois l'effet inverse : la recherche des boissons fortes était constante, et les dégâts suivaient. Par exemple, la distillation illégale d'écorces de bois (provoquant la synthèse du méthanol) détruit progressivement le nerf optique. Enfin, le "National Drinking Age Act" est introduit en 1984. L'objectif ? Sanctionner les États qui autorisent les personnes de moins de 21 ans à consommer des boissons alcoolisées. Avant 1984, l'âge légal était de 18, 19 ou 20 ans. En raison d'un nombre important d'accidents de la route, l'âge de 21 ans est privilégié. Encore aujourd'hui, de nombreuses villes considèrent que la vente d'alcool représente un revenu non négligeable.

Aujourd'hui, la prohibition aux États-Unis est-elle réellement finie ?

Où en est-on, des décennies après la fin de la prohibition ? Il existe encore des centaines de "dry counties" partiels ou complets. C'est le cas du comté de Moore, où la vente d'alcool est interdite. La distillerie Jack Daniel's, spécialisée dans le whisky, se trouve sur ce territoire. Une dérogation autorise l'établissement à vendre des bouteilles aux touristes. Autre particularité, celle de la ville de Texarkana, située à la frontière entre le Texas et l'Arkansas. Alors que le côté ouest est une "dry town", le côté est a légalisé la consommation de liqueur. Enfin, des comtés comme celui de Hart (Géorgie) et des communes comme Jacksonville (Arkansas) sont toujours "dry".

les dates clés de la Prohibition

16 janvier 1920 - La prohibition entre en vigueur
Le 18e amendement de la Constitution américaine, établissant la prohibition de l'alcool, entre en application. La loi sera renforcée le 28 octobre par le "Volstead Act", qui interdit la vente d'alcool y compris dans les restaurants et les bars. Un commerce parallèle de vente et de fabrication d'alcool va alors fleurir jusqu'en 1933.
5 décembre 1933 - Fin de la prohibition aux États-Unis
Grâce au 21e amendement de la Constitution des États-Unis, la prohibition est abolie aux États-Unis. La mafia jettera désormais son dévolu sur le trafic de stupéfiants, la prostitution, et les jeux clandestins.
25 janvier 1947 - Décès d'Al Capone, gangster italo-américain
Le 25 janvier 1947 est marqué par la disparition d'Al Capone, l'un des plus célèbres gangsters américains du XXe siècle. Il se fait connaître en étant le parrain de la mafia de Chicago, durant la prohibition entre les années 1920 et 1930. Arrêté en 1931, il est relâché à la fin des années 1930, pour cause de maladie. Il s'établit à Miami Beach, où il meurt d'une crise cardiaque.

XXe siècle