Toussaint Louverture : biographie du libérateur d'Haïti

Toussaint Louverture : biographie du libérateur d'Haïti BIOGRAPHIE TOUSSAINT LOUVERTURE - Général et homme politique franco-haïtien, Toussaint Louverture est l'un des leaders de la Révolution haïtienne entre 1791 et 1802. Ancien esclave, son ascension et ses nombreux faits d'armes ont fait de lui un héros national et un symbole pour l'île d'Haïti.

Biographie courte de Toussaint Louverture - Né au début des années 1740 dans la colonie française de Saint-Domingue (future Haïti), le jeune Toussaint est esclave dans la plantation de Bréda. Affranchi vers 1776, il prend la tête d'une exploitation de café d'une dizaine d'esclaves quelques années plus tard. Malgré sa couleur de peau et son passé d'esclave, Toussaint de Bréda parvient à gravir l'échelle sociale à Saint-Domingue. En août 1791, la cérémonie vaudou du Bois-Caïman signe le début de la révolte des esclaves noirs pour leur liberté. Toussaint rejoint alors les insurgés dans leur combat contre les colons. S'inspirant de la stratégie militaire pratiquée en Europe et voyant ses plans couronnés de succès, il prend alors le nom de Louverture.

Après avoir bénéficié au début du conflit de l'aide des Espagnols, Toussaint Louverture décide de rester fidèle à la France. Nommé général de brigade en 1795, lieutenant-gouverneur de Saint-Domingue en 1796 puis commandant en chef de l'armée en 1797, il poursuit son ascension politique. Il obtient la reddition des Espagnols, puis des Anglais, tout en mettant un terme aux luttes intestines pour le contrôle de l'île. L'influence de Toussaint Louverture devient néanmoins de plus en plus problématique aux yeux de la métropole française. En 1801, une expédition est mise en place pour mettre un terme à ses agissements et reconquérir l'île. Vaincu et arrêté en 1802, Toussaint Louverture est déporté, puis emprisonné en France, où il s'éteint en 1803 vers l'âge de 60 ans. Il est encore aujourd'hui considéré par beaucoup comme un symbole de la Révolution haïtienne et de la première abolition de l'esclavage dans les colonies françaises. Il ne vivra pas assez longtemps pour voir son île natale obtenir son indépendance en 1804 grâce à l'un des ses lieutenants, Jean-Jacques Dessalines.

Le rôle de Toussaint Louverture pendant la Révolution haïtienne

Dès les premières insurrections d'esclaves dans la colonie de Saint-Domingue, en particulier celle de la cérémonie du Bois-Caïman de 1791, Toussaint l'affranchi commence à se rapprocher des têtes pensantes de la révolte, par exemple Georges Biassou. Endossant au départ un rôle de docteur, notamment grâce à ses connaissances en botanique, il se mue en un brillant stratège militaire et un meneur d'hommes respecté. C'est à partir de 1793 qu'il abandonne son nom d'esclave, Bréda, pour "Louverture", probablement en raison de cette aisance à percer les défenses ennemies. L'ensemble de ses actions va aboutir durant l'été 1793 à l'abolition de l'esclavage pour tous les esclaves qui se rallieraient au camp français. Cette décision sera généralisée à l'ensemble des colonies en 1794. Ne souhaitant pas rester fidèle aux Espagnols et séduit par les avantages proposés par la France, Toussaint Louverture se joint à la cause abolitionniste. Il se range aux côtés du commissaire civil Léger-Félicité Sonthonax et du général de brigade Étienne Maynaud de Bizefranc de Lavaux. Son ambition et plusieurs accords favorisant la Grande Bretagne vont cependant lui attirer les foudres d'une partie de son camp. En 1798, un conflit pour le contrôle de l'île éclate entre les partisans de Toussaint Louverture au Nord, en majorité noirs, et ceux du général André Rigaud au Sud, principalement des mulâtres. La "guerre des couteaux" s'achève en 1800, remportée par le camp de l'affranchi de Bréda.

Toussaint Louverture Portrait
Portrait de Toussaint Louverture, gravure de 1797 © MARY EVANS/SIPA

La fulgurance de cette ascension inquiète également en France. En effet, de nombreux métropolitains ne voient pas d'un très bon œil le fait que la colonie de Saint-Domingue puisse s'appuyer sur un homme aussi influent et imprévisible que Toussaint Louverture. C'est le cas de Napoléon Bonaparte, devenu Premier Consul suite au coup d'Etat du 18 Brumaire (9 novembre 1799), qui s'en méfie d'autant plus que l'ancien esclave occupe désormais la très haute distinction de capitaine-général de la colonie, soit l'équivalent d'un général en chef. L'ébauche de la constitution de 1801 rédigée par Toussaint Louverture, dans laquelle la colonie de Saint-Domingue tend à s'émanciper de la tutelle française et où il s'autoproclame gouverneur-général à vie, est de trop. Elle achève de convaincre Bonaparte de mobiliser une expédition punitive visant à renverser l'homme à l'origine de tout ce désordre. Une vingtaine de milliers de soldats, commandés par le général Charles Victoire Emmanuel Leclerc sont envoyés sur l'île. Malgré un avantage numérique initial, les insurgés de Saint-Domingue menés par Toussaint Louverture sont surpassés. Ce dernier est contraint de se rendre début mai 1802 : quelques jours plus tard, la loi du 20 mai 1802 rétablit l'esclavage. Trahi par son propre camp, il est acheminé jusqu'à Brest puis mis aux fers au fort de Joux, où il succombe en 1803. Jean-Jacques Dessalines, l'un des plus fidèles lieutenants de Toussaint Louverture, prend la relève de l'insurrection et parvient en 1804 à proclamer l'indépendance de la colonie. S'appuyant sur la constitution rédigée par son prédécesseur, il devient le premier Empereur d'Haïti : Jacques Ier.

L'esclavage et Toussaint Louverture : un rapport ambigu

De par son statut d'ancien esclave et de principal instigateur de la Révolution haïtienne, défenseur des peuples opprimés par la colonisation, Toussaint Louverture a pendant longtemps bénéficié d'une image positive de la part des historiens. L'homme politique Victor Schoelcher, qui a entre autre contribué à l'abolition définitive de l'esclavage en 1848, dresse un portait très élogieux du général insurgé dans sa Vie de Toussaint Louverture. Pour autant, l'historiographie contemporaine se montre beaucoup plus nuancée sur le libérateur de Saint-Domingue, notamment quant à son rapport avec l'esclavage. Par exemple, Toussaint Louverture est devenu propriétaire d'esclaves suite à son affranchissement. Son ancien bras droit, Jean-Jacques Dessalines, dont l'action aboutit en 1804 à l'indépendance d'Haïti, était justement l'un d'entre eux d'après les travaux de Jacques de Caunas. Toussaint Louverture n'était pas foncièrement opposé à l'esclavage, mais il a su tirer profit du contexte particulier en s'attirant la sympathie de nombreux partisans indépendamment de leur statut social ou de leur couleur de peau. Son attitude pragmatique lui a ainsi permis d'être aussi bien apprécié des riches planteurs terriens blancs que des paysans et esclaves noirs.

Une autre note qui vient quelque peu ternir l'image de Toussaint Louverture concerne la constitution de Saint-Domingue de 1801, qu'il a lui-même rédigée. Dans cette dernière, l'ancien esclave pose les fondements de ce qu'il considère comme une société idéale, mais il est intriguant de noter certaines contradictions. Bien que l'esclavage soit effectivement aboli, recourir à la traite est néanmoins toléré selon l'article 17 de la Constitution. De nombreuses mesures sont aussi très favorables aux gros propriétaires de plantations et semblent à certains égards calquées sur le système féodal, par exemple en ce qui concerne les droits des travailleurs : assignation à des terres confiées par les producteurs, possibilité de recourir aux travaux forcés… Finalement, bien que la condition d'esclave n'existe plus, le système économique prôné par Toussaint Louverture n'apporte pas de réelles avancées sociales et se calque sur le modèle colonial préexistant. Cette situation va justement amener dans les années qui suivent, notamment sous le règne de Jean-Jacques Dessalines, à une augmentation des inégalités entre les plus riches et les plus pauvres et à l'émergence d'une oligarchie haïtienne reproduisant les erreurs du passé.

L'image laissée à la postérité par Toussaint Louverture

Toussaint Louverture film
L'acteur Jimmy Jean-Louis, interprète de Toussaint Louverture dans le téléfilm éponyme de 2012 © LOUIS JOHNNY/SIPA

Toussaint Louverture est une figure historique majeure dans l'histoire de la traite négrière et de la colonisation. Personnage complexe, il est considéré comme un héros national par une grande partie de la population haïtienne. Également acclamé dans de nombreux pays d'Afrique noire, il devient dès sa mort une référence chez les intellectuels anticolonialistes et favorables à l'abolition de l'esclavage. Victor Schoelcher par exemple, mais aussi Aimé Césaire lui consacre un essai biographique intitulé Toussaint Louverture : la Révolution française et le problème colonial (1960). En France, les villes de La Rochelle et de Bordeaux, qui étaient d'importants ports négriers durant l'époque moderne, lui ont également rendu hommage. La première a inauguré en 2015 une statue du héros de la Révolution haïtienne, réalisée par le sculpteur sénégalais Ousmane Sow pour le musée du Nouveau Monde. Tandis que la seconde a reçu de la République d'Haïti un buste conçu par Ludovic Booz, installé en 2019 dans un square situé près du Jardin botanique. Enfin, un téléfilm sur la vie de Toussaint Louverture a été réalisé par Philippe Niang et diffusé en 2012, avec l'acteur haïtien Jimmy Jean-Louis dans le rôle principal.

Toussaint Louverture : dates clés

29 août 1793 : Révolte des esclaves marrons à Saint-Domingue
Toussaint Louverture se présente comme le chef noir de la Révolution haïtienne, le 29 août 1793. Il commande l'insurrection et cherche à unir les esclaves noirs autour des espoirs de liberté. La Révolution française soutient ce mouvement de fond, provoquant l'invasion britanico-espagnole de l'île de Saint-Domingue, alliés des royalistes blancs. Le commissaire civil Léger-Félicité Sonthonax, présent en tant que représentant de la Convention nationale, proclame dès lors l'acte d'abolition de l'esclavage pour la colonie. La première abolition appliquée à l'ensemble des territoires républicains est proclamée à Paris le 4 février 1794.
7 avril 1803 : Mort de Toussaint Louverture
Toussaint Louverture décède le 7 avril 1803 au fort de Joux, situé dans le Doubs en Franche-Comté. Les causes de sa mort sont sujets à controverses, certains avançant qu'il aurait été assassiné. Néanmoins, il est souvent avancé et hautement probable que l'ancien général de Saint-Domingue ait succombé d'une pneumonie, voire d'une apoplexie. Les conditions d'emprisonnement déplorables ainsi que la rudesse du climat hivernal et continental de la région ont sans nul doute aggravé l'état de santé de Toussaint Louverture, qui avait depuis toujours vécu dans un environnement tropical et insulaire. Sa femme Suzanne-Simone Baptiste-Louverture et ses enfants sont épargnés. Ils seront honorés et anoblis par le roi Louis XVIII pendant la Restauration. On ne sait pas exactement ce que sont devenus les restes de Toussaint Louverture, mais une plaque commémorative en son honneur est inaugurée au Panthéon en 1998.
18 novembre 1803 : Les troupes françaises sont défaites à Saint-Domingue
Le commandant Donatien de Rochambeau et ses hommes, épuisés par près de deux ans de guerre d'indépendance et décimés par la fièvre jaune, capitulent devant les révolutionnaires de Saint-Domingue. Menés par le général Jean-Jacques Dessalines, successeur de Toussaint Louverture à la tête des insurgés, l'indépendance de l'île est proclamée le 1er janvier 1804, après que les garnisons napoléoniennes se soient rendues les unes après les autres. Saint-Domingue reprend par la suite le nom donné par les indiens Arawaks, les premiers habitants massacrés puis réduits en esclavage à l'arrivée des Européens après 1492 : Haïti.